Il y a des rumeurs qui traversent Dakar plus vite qu’un car rapide sur la Corniche, et celle d’un possible attelage entre Kiiraay et le Pur en fait partie. Les propos de Serigne Moustapha Sy, savamment distillés, ont suffi à faire chauffer les plateaux et les trottoirs. Rien n’est confirmé, tout est suggéré — l’art sénégalais du sous-entendu politique atteint ici des sommets dignes d’un griot chevronné.
Sur le papier, l’union aurait des allures de mariage arrangé bien pensé. Kiiraay, parti au pouvoir encore jeune dans ses habits d’État, chercherait une assise organisationnelle solide ; le Pur, lui, avec son maillage territorial patiemment tissé depuis Tivaouane, saurait fournir l’huile qui manque aux rouages. On pourrait presque y voir la rencontre du tracteur et du baobab : l’un apporte la puissance neuve, l’autre les racines profondes. Mutuellement nourrissante, l’image a de quoi séduire les stratèges des deux bords.
Mais l’histoire politique sénégalaise regorge de ces alliances scellées à l’ombre du pouvoir et qui, une fois la lumière rallumée, se révèlent être des chausse-trappes. Le Pur, en s’arrimant au parti au pouvoir, pourrait espérer une visibilité et des moyens qui, jusque-là, lui faisaient défaut pour « éteindre ses tentacules » dans les régions où il reste discret. Une manière, pourrait-on dire, de sortir du bois sans se brûler les ailes.
Reste une question qui chatouille les observateurs les plus aiguisés : à l’heure où Kiiraay semble vouloir cantonner Pastef à sa plus modeste expression, ne serait-il pas paradoxal de doter, dans le même mouvement, un autre acteur des moyens de devenir demain un rival tout aussi coriace ? En lutte sénégalaise, on le sait, l’adversaire qu’on nourrit dans l’arène peut fort bien retourner sa force contre celui qui l’a musclé. 2029 n’est pas si loin, et la mémoire politique, à Dakar, a la ténacité d’un vieux Baobab : elle n’oublie jamais vraiment.
Alors, coalition annoncée ou simple ballon d’essai lancé pour tester le vent ? Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer quoi que ce soit — sinon que la scène politique sénégalaise, décidément, ne manque jamais de scénaristes.
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