Il y a des hommes politiques que le destin s’obstine à ridiculiser, et Amadou Ba, ancien ministre de la Culture devenu député Pastef de Thiès et procureur amateur du Conseil constitutionnel, en offre chaque semaine une démonstration magistrale. Sa proposition de loi sur l’encadrement des fonds spéciaux vient d’être déclarée irrecevable — une deuxième fois, comme pour être sûr que le message passe. Qu’à cela ne tienne : plutôt que de réviser sa copie, l’homme a préféré réviser la Constitution à sa sauce, accusant les Sept Sages d’un « virage glissant » et d’un parti pris manifeste en faveur du pouvoir.
On croit rêver. Ou plutôt, on croit assister à ce spectacle bien de chez nous où le mauvais élève, recalé pour la troisième fois à l’examen, décide que c’est le correcteur qui a un problème avec la grammaire française. L’article 83 est pourtant limpide, cité noir sur blanc par ses contradicteurs sur les réseaux : en cas de désaccord sur la recevabilité d’une proposition de loi, le Conseil tranche dans les huit jours. C’est tout. Pas de complot, pas de « pouvoir de vie et de mort », juste une procédure que même un étudiant de première année de droit — Amadou Ba l’a dit lui-même, ironie suprême — saurait respecter sans se rouler par terre.
Car voilà le nœud du problème : Amadou Ba a la mémoire aussi courte que ses textes de loi sont mal ficelés. C’est ce même Conseil constitutionnel, ce même aréopage qu’il traite aujourd’hui de suppôt de l’Exécutif, qui a validé hier le retour de son propre camp aux affaires. À l’époque, le « virage glissant » ne le gênait pas outre mesure ; le voilà aujourd’hui qui crucifie sur l’autel de son amour-propre blessé la même institution qu’il courtisait quand elle lui était favorable.
Le procédé est vieux comme la politique sénégalaise : quand on ne sait pas rédiger une loi — fût-elle une proposition d’amnésie collective sur 2021-2024, celle-là même qu’il avait portée avec l’enthousiasme d’un élève qui recopie sans comprendre — on accuse le juge de ne pas savoir la lire. C’est le fameux « c’est pas moi, c’est l’arbitre » du lycéen recalé au bac, drapé cette fois dans les habits d’un ancien ministre. Sauf qu’au Sénégal, le Teranga a ses limites, et le terrorisme verbal ne remplace pas la compétence législative. On ne bâillonne pas une institution constitutionnelle à coups de tribune Facebook parce qu’on a raté son devoir de rédaction juridique.
Qu’Amadou Ba se rassure : personne ne lui reproche d’avoir des convictions. On lui reproche de vouloir maquiller son incapacité à écrire une loi solide en procès d’intention contre des institutions qui, hier encore, faisaient bien son affaire. Au Sénégal, on appelle ça « say saay ». Ailleurs, on appelle ça l’hypocrisie politique. Dans tous les cas, ce n’est pas le Conseil constitutionnel qui est irrecevable — c’est l’argument.












