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01 septembre 2026 : Aminou LO face aux députés, Ousmane SONKO face au miroir de sa Dpg,(Par Lansana Gagny Sakho)

by Senegal7
28 août 2026
in Actualités, Politique
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01 septembre 2026 : Aminou LO face aux députés, Ousmane SONKO face au miroir de sa Dpg,(Par Lansana Gagny Sakho)

Vingt mois après avoir promis la rupture, l’ancien Premier ministre devenu Président de l’Assemblée nationale se retrouve dans la position inédite d’évaluer les résultats du projet qu’il avait lui-même présenté devant la représentation nationale.

En démocratie, la légitimité de l’action publique ne repose pas seulement sur les promesses formulées, mais également sur la rapidité avec laquelle les responsables assument devant la Nation leurs orientations et leurs engagements. En présentant sa Déclaration de Politique Générale le 1er septembre 2026, soit un peu plus de trois mois après sa nomination du 25 mai 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô inscrit son action dans une logique de célérité institutionnelle.

À titre de comparaison, Ousmane SONKO, nommé Premier ministre le 2 avril 2024, avait présenté sa Déclaration de Politique Générale (DPG) le 27 décembre 2024, soit près de neuf mois plus tard. Cette différence de rythme n’est pas anodine : elle traduit une volonté de fixer rapidement un cap gouvernemental, de clarifier les priorités de l’action publique et de soumettre sans délai le gouvernement à l’exigence de redevabilité démocratique.

La rapidité de l’exercice ne préjuge certes pas des résultats futurs, mais elle constitue un marqueur de méthode et de respect des institutions. C’est précisément à l’aune de cette exigence de résultats que peut être relue aujourd’hui la Déclaration de Politique Générale présentée par Ousmane SONKO le 27 décembre 2024, puis confrontée aux réalités économiques observées en août 2026, afin de mesurer l’écart entre les ambitions affichées et les résultats effectivement obtenus.

Il existe en analyse institutionnelle un exercice que la démocratie commande : confronter les promesses aux résultats. Non pas pour accabler, non pas pour réhabiliter, mais pour mesurer l’écart entre la vision affichée et la réalité produite et en tirer les enseignements qui permettront d’éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Le 27 décembre 2024, devant l’Assemblée nationale, la Déclaration de Politique Générale (DPG) de Ousmane SONKO présentait une promesse de rupture systémique : un Sénégal plus attractif, plus compétitif, doté d’un secteur privé fort, d’une administration performante, d’une trajectoire budgétaire assainie et d’une croissance portée par la confiance retrouvée des investisseurs. Ceux ans après, les chiffres ont rendu leur verdict sur la gouvernance SONKO. Ce verdict mérite d’être lu avec rigueur et sans concession mais aussi sans excès polémique.

Une promesse d’attractivité, un effondrement documenté

La DPG faisait de l’attractivité économique un pilier fondamental du nouveau modèle de développement. Elle promettait un environnement des affaires de classe mondiale, une modernisation profonde de l’administration économique et une promotion active du label « Invest in Sénégal ».

Les chiffres sont tombés sans appel. Le World Investment Report 2026 de la CNUCED a documenté ce que les signaux de marché annonçaient depuis plusieurs mois : en 2025, le Sénégal a reçu 37 millions de dollars d’IDE contre 3 319 millions en 2024 et 4 790 millions au pic de 2023. Une chute de 98,9 % en une seule année. Le pays qui était encore 1er rang d’Afrique de l’Ouest est passé au 46e rang sur 52 économies africaines.

Ce chiffre n’est pas conjoncturel. Il reflète une rupture de confiance produite par l’accumulation de signaux d’imprévisibilité institutionnelle, de tensions dans la relation aux partenaires financiers internationaux, et de partenaires financiers internationaux, et de l’absence d’un ancrage FMI qui aurait certifié la trajectoire budgétaire aux yeux des marchés.

Quand les audits remplacent la croissance

L’un des engagements les plus ambitieux de la DPG de SONKO consistait à passer d’une logique de dépenses à une logique de résultats mesurer l’action publique à l’impact réel sur les populations plutôt qu’aux montants budgétaires engagés. C’est une ambition légitime et nécessaire. Mais elle suppose une chose que les chiffres mesurent impitoyablement : des résultats.

Entre 2024 et 2026, l’action gouvernementale a été dominée par les audits, les revues de contrats, les états des lieux et les exercices de reddition des comptes. Ces démarches étaient peut-être nécessaires pour établir la vérité sur la situation héritée. Mais elles ne produisent pas de croissance. Elles ne créent pas d’emplois. Elles ne renforcent pas la compétitivité des entreprises.

Le sentiment qui prévaut aujourd’hui dans les milieux économiques est celui d’un Ousmane SONKO davantage orienté vers le diagnostic du passé que vers la construction de résultats mesurables. C’est précisément l’écart entre la promesse d’une logique de résultats et la pratique d’une logique de dévoilement qui constitue l’une des fragilités les plus visibles de son bilan.

Le discours rattrapé par la réalité budgétaire

La DPG de SONKO annonçait une réforme budgétaire ambitieuse : retour progressif vers un déficit de 3 % du PIB, réduction de l’endettement, rationalisation des subventions publiques. Ces objectifs étaient cohérents. Le problème est que les chiffres réels ont suivi une trajectoire exactement inverse.

Le déficit budgétaire a atteint 13,4 % du PIB en 2024 soit plus de quatre fois le plafond communautaire UEMOA. La dette publique approche les 26 000 milliards FCFA. Et la hausse du prix du carburant si douloureuse pour les ménages est précisément l’application de la logique de rationalisation budgétaire que la DPG annonçait. Il y a là une contradiction que le discours politique n’a pas toujours assumée avec la clarté qu’elle méritait : promettre la réduction des subventions dans la DPG, puis demander leur maintien au nom du pouvoir d’achat.

La réalité budgétaire finit toujours par imposer ses arbitrages quel que soit le discours qui l’encadre. Le vrai courage consiste à annoncer dès le départ les contraintes, pas à les découvrir en cours de mandat.

La souveraineté économique face à la contrainte financière réelle

L’un des thèmes les plus marquants de la DPG de SONKO était la promotion de la souveraineté économique et la réduction progressive de la dépendance aux financements extérieurs. Cette aspiration est légitime. Elle s’est heurte à une réalité financière implacable.

Les discussions avec le FMI demeurent au centre des préoccupations économiques du pays. Les partenaires financiers internationaux restent déterminants pour la crédibilité budgétaire. Les quatre dégradations de Moody’s en douze mois ont illustré ce que coûte, en termes de prime de risque et de renchérissement de la dette, l’absence d’un ancrage multilatéral crédible.

La souveraineté économique ne se proclame pas. Elle se construit dans la discipline budgétaire, la compétence de négociation et la capacité à honorer ses engagements. Celle qui est construite dans la contrainte, imposée par les marchés, est la moins souveraine des souverainetés.

Le déficit de prévisibilité — l’indicateur invisible mais décisif

L’un des principaux engagements de la DPG était d’instaurer une véritable culture de planification à long terme, en rupture avec la gestion au jour le jour. Or le principal reproche formulé aujourd’hui par les opérateurs économiques est précisément le manque de visibilité sur la trajectoire fiscale, la stratégie budgétaire, le calendrier des réformes et les orientations économiques réelles.

La prévisibilité est la première condition de l’investissement. Lorsqu’elle disparaît, les capitaux attendent. Et quand les capitaux attendent, les emplois n’arrivent pas, les chaînes de valeur ne se forment pas, les entreprises ne se développent pas. Ce n’est pas une abstraction théorique c’est la réalité que traduisent les 37 millions de dollars d’IDE reçus en 2025.

L’économie ne se juge pas sur les intentions

Deux ans après la DPG de décembre 2024 de Ousmane SONKO, le constat que les chiffres imposent est clair. La rupture annoncée a produit davantage d’audits que de transformations visibles, davantage de diagnostics que de croissance, davantage de signaux d’imprévisibilité que de prévisibilité pour les investisseurs.

La leçon de la période SONKO est universelle : entre une vision politique et sa traduction en résultats économiques mesurables, il y a la méthode, la compétence, la cohérence et la durée. Ces quatre ingrédients ne s’improvisent pas. En leur absence la vision initiale produit inévitablement un écart entre ce qui est promis et ce qui a est livré.

Le paradoxe institutionnel du 01 septembre 2026

Au-delà des statistiques économiques, il existe une dimension institutionnelle de cette date qui mérite d’être nommée avec la mesure qu’elle exige.

Le 01 septembre 2026, Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo présentera sa Déclaration de Politique Générale devant l’Assemblée nationale. Mais celui qui présidera cette séance depuis le perchoir sera l’auteur de la DPG du 27 décembre 2024, désormais Président de l’Assemblée nationale.

Le symbole institutionnel est d’une puissance rare. Ousmane SONKO qui dénonçait hier les échecs du modèle précédent devra écouter un gouvernement expliquer à son tour les contraintes héritées de sa période. Celui qui promettait la rupture devra apprécier les résultats de sa propre séquence gouvernementale. Celui qui demandait d’être jugé sur les résultats plutôt que sur les intentions se retrouvera face au premier véritable examen de sa propre vision.

Dr Lansana Gagny SAKHO  Adm.A, C.M.C

Président du Cercle des Administrateurs Publics

Secrétaire Général du CAVIE

Expert en gouvernance publique & Intelligence économique

Tags: Aminou LOdéputésOusmane Sonko
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