En politique, dit-on volontiers dans les cénacles avertis, il n’existe pas de défaites — seulement des décisions défavorables et des opportunités à saisir. L’adage trouve, ce mardi, une illustration presque pédagogique avec le nouveau camouflet infligé à l’Assemblée nationale par le Conseil constitutionnel, qui a recalé la proposition de loi sur l’encadrement des fonds spéciaux.
La partition de Pastef est déjà écrite, et ses communicants la connaissent par cœur. Le parti va endosser les habits de la victime, désigner l’exécutif comme fossoyeur des promesses de rupture, et présenter Diomaye Faye en obstacle à la vertu réclamée par le peuple. Un classique du genre, diront les esprits chagrins. De bonne guerre, répondront les autres. Mais l’exercice de mémoire s’impose : n’est-ce pas le même Ousmane Sonko qui, deux années durant, a consommé sans sourciller les fonds spéciaux depuis la Primature, avant qu’un limogeage ne le convertisse, comme par illumination soudaine, en apôtre de la transparence ? La conversion tardive vaut-elle sincérité, ou n’est-elle qu’un habit taillé sur mesure pour l’opposition ?
Ce nouvel épisode dit surtout quelque chose à Diomaye Faye : son ancien mentor semble déterminé à tout mettre en œuvre pour lui barrer la route de 2029. La question n’est plus de savoir si Sonko est prêt à en découdre, mais jusqu’où. Le chef de l’État va-t-il persister dans le ménagement d’un allié devenu rival, ou le rapport de force va-t-il finir par dicter sa propre logique ?
Pour l’heure, la prudence commande. Diomaye négocie avec le Fonds monétaire international, et l’on imagine mal l’exécutif ouvrir un front institutionnel pendant que Washington observe la solidité des équilibres dakarois. Une riposte frontale, dans ce contexte, ressemblerait à un mauvais calcul diplomatique. Faut-il alors en conclure que le président attend son heure ? Un accord favorable du FMI ne serait-il pas, précisément, le signal qui libérerait les mains présidentielles ? L’hypothèse a le mérite de la cohérence.
En attendant ce moment, c’est Ahmadou Al Amine Lo qui hérite du premier round. Sa déclaration de politique générale, attendue mardi, s’annonce comme un rendez-vous à haut risque. Avec toute la bonne foi requise pour l’exercice, le nouveau chef du gouvernement devra convaincre une Assemblée où Pastef dispose de tous les leviers pour transformer l’audition en tribunal politique. Une motion de censure y est-elle envisageable ? La question mérite à peine d’être posée. Devient-elle, dans ce climat, la nouvelle norme institutionnelle plutôt que l’exception ? Les prochaines semaines s’annoncent, à ce titre, riches d’enseignements.













