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Maison rose guédiawaye- Aïda Coly , 16 ans : « Ma mère me contraignait à coucher avec des hommes pour un bol de riz »

by Assane Seye
20 février 2020
in Actualités, SOCIETE
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Située dans la banlieue dakaroise, plus précisément à Guédiawaye, la Maison rose accueille les jeunes filles et femmes en détresse. Celles qui n’ont jamais connu la vie en rose. Des filles de la rue, des fugueuses abusées par la vie. Seneweb vous livre ici les témoignages de quatre jeunes filles-mères qui ont vécu l’enfer avant de rejoindre la Maison rose. La voie du salut ! De la renaissance.

Aïda Coly*, 16 ans : « Ma mère me contraignait à coucher avec des hommes pour un bol de riz »

« Je m’appelle Aïda Coly. J’ai 19 ans et je suis célibataire et mère d’un garçon de 4 ans. Cela fait plus d’un an que je vis à la Maison rose sise à Guédiawaye (Dakar). Je m’y suis réfugiée à cause des problèmes que j’ai eus avec ma famille à Ziguinchor. Tout est parti de la relation qu’avaient mes parents. Il s’est trouvé que mes grands-parents maternels étaient contre cette idylle d’autant plus qu’ils ne voulaient absolument pas donner la main de leur fille à un chrétien. Malheureusement, je suis née de cette relation hors mariage. Mon père a refusé de me reconnaître et nous a abandonnées, ma mère et moi. Mon grand-père, ne pouvant supporter ce déshonneur, nous faisait subir toutes sortes de maltraitances. Cette dernière se cachait pour m’allaiter. Pour échapper à toutes ces violences, elle s’est rendue en Guinée Bissau. Ma mère me poussait à la prostitution pour qu’on puisse survivre. Elle me contraignait à coucher avec des hommes pour un bol de riz. J’étais une jeune fille déboussolée, sans repère. Je fumais même de la cigarette. Je suis tombée enceinte suite à un viol à l’âge de 15 ans. Ma mère a voulu attribuer la paternité de la grossesse à un homme que je n’avais jamais connu. C’était la seule voie qu’elle avait trouvée pour sortir de la misère. Mais, je n’ai pas voulu la suivre.

Entre temps, on nous avait chassées de la maison où nous vivions. On s’est retrouvées dans la rue. Cette situation a complètement affecté ma mère. Elle s’est jetée dans la prostitution. Elle couchait avec des hommes et me disait qu’elle ne peut pas rester une journée sans faire l’amour. Pis, elle me bastonnait alors que j’étais en grossesse avancée. Je l’ai quittée parce que je n’étais plus en sécurité auprès d’elle. Si ma mère s’est retrouvée dans cette situation c’est à cause de la lâcheté de mon père qui n’a pas voulu assumer ses responsabilités. A cause de lui, j’ai une haine viscérale envers les hommes ».

Fatou Fall*, 16 ans : « Je collectionnais des copains par-ci et multipliais les sorties nocturnes par-là »

« J’ai 16 ans. Je suis une mère-célibataire qui a intégré la Maison rose il y a juste un an. J’habite aux Parcelles assainies mais c’est ma mère qui m’a amenée ici après mon accouchement. Elle voulait m’épargner les commérages du voisinage sur ma grossesse non-désirée. En fait, mes parents sont divorcés. Je vivais avec ma mère et mes grandes sœurs mais je ne leur vouais aucun respect. Je faisais ce que bon me semblait. Je me considérais comme la plus belle fille du quartier. J’adorais me faire belle pour me promener dans le quartier dans l’unique but d’attirer le regard des garçons. Je croquais la vie à pleines dents. Je collectionnais des copains par-ci et multipliais les sorties nocturnes par-là. Malheureusement, les choses se sont très mal passées au final. Je suis tombée enceinte. Une triste nouvelle pour ma famille et surtout pour ma mère. Elle était certes déçue car j’étais sa fille cadette mais elle a décidé de me soutenir dans ces durs moments. Ce qui n’a pas été le cas de mon père alors que je ne vivais même pas sous son toit. Quand il a appris la nouvelle, il a attaqué ma mère en rejetant toute la faute sur elle. Selon lui, la responsabilité incombe à ma mère qui n’a pas su me donner une bonne éducation. J’étais outrée par sa réaction. Quant à mon copain, il a accepté la paternité de l’enfant. D’ailleurs, on a un projet de mariage. Il vient me rendre visite tous les weekends. J’ai beaucoup appris dans cette maison. Grâce à la Maison rose, j’ai appris la couture. Je vais pouvoir monnayer mes talents à l’extérieur afin de gagner ma vie décemment sans dépendre de qui que ce soit ».

Astou Ndiaye*, 21 ans : « Mon beau-père m’a violée et a tenté de m’égorger »

« Mon nom est Astou Ndiaye et j’ai 21 ans. Je suis venue à la Maison rose parce que j’avais des problèmes avec mon père et certains membres de sa famille. Il faut dire que mes parents ont divorcé depuis très longtemps. Quand ma mère s’est remariée, on a déménagé à Kébémer chez mon beau-père. Ce dernier m’a violée alors que je n’avais que 16 ans et a tenté de m’égorger. J’ai toujours les cicatrices sur la gorge. Un an plus tard, je suis tombée enceinte d’un autre individu. C’est sur ces entrefaites que mon père a demandé à ce qu’on m’amène chez lui à Keur Massar. Là encore, je devais faire face à des difficultés à cause de sa femme. Mon pater ne m’adressait plus la parole. Trois jours après mon accouchement, il m’a expulsée de la maison. Je me suis rendue par la suite chez ma tante à Louga. J’y ai fait la connaissance d’un homme. Je lui ai expliqué mon passé. On filait le parfait amour et on se faisait confiance. Malheureusement, je suis tombée enceinte à nouveau. Ne pouvant me confier à ma tante, j’ai choisi de rentrer à Dakar (Parcelles assainies) chez mon oncle en gardant le secret. J’attachais mon ventre pour cacher la grossesse. Le secret a été découvert au septième mois. Mon copain a reconnu la paternité du bébé et il avait promis de demander ma main le jour du baptême avant de revenir sur sa promesse. Il n’a plus donné signe de vie. Mon oncle n’a pas supporté ce revers et m’a chassée de sa maison. Me retrouvant ainsi toute seule, mineure, avec deux enfants et sans toit, j’ai été orientée vers la Maison rose. Depuis lors, j’y vis avec mes deux enfants. Je fais une formation en restauration. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai appris de mes erreurs ».

Mariama Diagne*, 18 ans : « J’étais l’objet sexuel de mon grand-père paternel »

«Je m’appelle Mariama Diagne*. J’ai 18 ans. Je vivais avec ma grand-mère paternelle suite au divorce de mes parents. Je ne respectais pas ma tutrice pas. Je ne me fiais qu’à mon instinct. Elle m’interdisait les boites de nuit mais je faisais fi de ses interdictions. J’attendais qu’elle soit au lit pour escalader le mur de la maison et aller en boite pour ne rentrer qu’à l’aube. J’ai arrêté mes études en classe de quatrième avant de devenir masseuse. J’exerçais dans un cabinet qui se trouve à Ngor. J’avais menti sur mon âge pour y être recrutée. Je leur avais dit que j’avais 18 ans alors que je n’en avais que 16. Je n’avais fourni aucune pièce justificative. On me payait mensuellement 70 000 FCFA et je rentrais chez moi que deux fois dans le mois. Cependant, je ne faisais pas de massage, c’est-à-dire des rapports sexuels après le massage. On nous l’interdisait. Mais, en dehors du cabinet je couchais avec tout homme qui me plaisait. J’étais accro au sexe. J’ai perdu ma virginité très tôt à cause de mon grand-père paternel. J’étais son objet sexuel. Il me faisait des attouchements. Une de mes tantes l’a même surpris sur moi un jour, mais elle a rejeté tout le tort sur moi. J’étais considérée comme une jeune fille provocatrice. Quand je suis tombée enceinte, je vivais l’enfer chez ma grand-mère. Je ne pouvais plus supporter les maltraitances quotidiennes qu’on me faisait subir. J’ai alors décidé de quitter la demeure. J’ai été recommandée à la Maison rose. J’étais à 7 mois de grossesse. J’ai accouché d’un garçon qui, aujourd’hui, a 8 mois. Avec le recul, je regrette vraiment mon passé. J’étais une jeune fille insouciante mais avec la Maison rose, j’ai appris qu’on ne doit pas vivre aveuglément ».

*Les prénoms et noms utilisés sont fictifs

source Seneweb

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