Il est une tendance — certains diront une mode — qui voudrait nous faire croire qu’apprendre serait devenu démodé, que le savoir serait inutile et que l’assurance, le mensonge, la calomnie pourraient désormais tenir lieu de compétence.
Il faut résister à cette tentation.
Car derrière l’éloge de l’ignorance se cache souvent l’obscurantisme. Celui-ci commence lorsque l’on méprise ceux qui savent, lorsque l’on ridiculise l’effort, lorsque l’on confond opinion et connaissance et lorsque l’on transforme l’ignorance en fierté.
Apprendre, c’est refuser cette facilité.
Apprendre, c’est accepter humblement de ne pas tout savoir et avoir le courage de vouloir savoir davantage. C’est lire, écouter, observer, chercher, questionner, expérimenter, travailler, parfois échouer et recommencer.
C’est ainsi que se construisent le mérite et l’excellence.
Derrière la compétence d’un médecin, d’un ingénieur, d’un enseignant, d’un artisan, d’un économiste, d’un financier, d’un spécialiste de l’intelligence artificielle, d’un numéricien, d’un artiste ou d’un entrepreneur, il y a des années d’apprentissage, d’efforts et de persévérance. Le talent peut être un don ; l’excellence est presque toujours une conquête.
Mais apprendre n’est pas seulement un moyen de réussir individuellement. C’est aussi un formidable instrument de justice sociale.
Donner à chaque enfant l’accès au savoir, aux sciences, aux technologies, aux arts, aux lettres, aux métiers et à la culture, c’est lui donner les moyens de conquérir son autonomie, de dépasser les limites de sa naissance et de prendre pleinement sa place dans la société.
La connaissance libère parce qu’elle permet de ne pas subir.
Celui qui apprend comprend mieux le monde, distingue les faits des opinions, reconnaît les manipulations et devient plus difficile à tromper.
Il acquiert la liberté de penser par lui-même.
Apprendre, c’est donc aussi combattre le dogmatisme. Car plus nous apprenons, plus nous découvrons la richesse et la diversité des savoirs, des cultures et des idées. Le véritable savoir ne fabrique pas des esprits soumis : il forme des esprits libres.
À notre jeunesse, il faut le dire avec force : votre avenir est dans la connaissance.
Votre avenir est dans les écoles, les universités, les ateliers, les laboratoires, les entreprises, les exploitations agricoles, les académies sportives, les bibliothèques, mais aussi dans tous les lieux où l’on cherche à comprendre, à créer, à maîtriser un métier et à devenir meilleur.
Apprenez jeunes gens pour réussir, certes, mais surtout apprenez pour être libres, pour être utiles et pour servir.
Car une génération qui apprend prépare la suivante.
Une société qui investit dans le savoir construit son avenir.
Et un peuple qui cesse d’apprendre se condamne à dépendre de ceux qui, ailleurs, continuent d’apprendre, d’inventer et de progresser.
Ne laissons donc jamais l’obscurantisme nous convaincre que l’ignorance est une vertu.
Réhabilitons l’effort. Honorons ceux qui savent. Respectons ceux qui enseignent. Encourageons ceux qui cherchent. Donnons à notre jeunesse le goût de comprendre, de créer et de transmettre.
Apprendre, c’est construire sa dignité.
Apprendre, c’est conquérir sa liberté.
Apprendre, c’est préparer l’excellence.
Apprendre, c’est faire reculer l’injustice.
Apprendre, c’est choisir la lumière plutôt que l’obscurité.
Et tant qu’un être humain conserve la volonté d’apprendre, il demeure capable de grandir.
Tant qu’un peuple continue d’apprendre, aucune obscurité ne peut éteindre sa lumière.
Professeur Mary Teuw Niane
Dakar, mercredi 19 août 2026












