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« Crise fabriquée » : Si Sonko et Diomaye jouent avec le pays, alors c’est une trahison d’État (Par Mamadou Sy Tounkara)

by Mbissane Tine
23 novembre 2025
in Actualités, Politique
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« Crise fabriquée » : Si Sonko et Diomaye jouent avec le pays, alors c’est une trahison d’État (Par Mamadou Sy Tounkara)

Depuis plusieurs jours, une hypothèse bouleverse la scène politique sénégalaise : la crise institutionnelle qui paralyse actuellement le pays ne serait peut-être pas le résultat d’un conflit réel, mais d’une stratégie calculée, pensée et orchestrée au sommet de l’État.

Une mise en scène.

Une fausse tension conçue pour déstabiliser l’opposition, brouiller les lignes et prendre l’avantage avant les élections locales de 2027.

Si cette hypothèse se confirme, alors le Sénégal n’est pas simplement en crise :

il fait face à une faute d’État, à un abus de confiance, et à une trahison de l’engagement moral qui a porté les nouveaux dirigeants au pouvoir.

Car un pays ne se pilote pas comme on pilote un parti.

On ne transforme pas les institutions en éléments de décor.

Et surtout, on ne manipule pas un peuple entier pour renforcer une position politique.

Une stratégie électorale ? Une faute impardonnable

Si Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye orchestrent réellement une tension institutionnelle dans le but d’affaiblir leurs adversaires avant les locales, alors nous ne parlons plus de stratégie politique.

Nous parlons d’un reniement, d’une rupture radicale entre le discours et la pratique.

Parce qu’une telle méthode signifie :

• qu’ils utilisent les institutions comme des outils partisans ;

• qu’ils acceptent de sacrifier la stabilité nationale pour un avantage électoral ;

• qu’ils reproduisent exactement les mêmes pratiques qu’ils dénoncent depuis des années ;

• qu’ils considèrent le pays comme un champ de manœuvres politiciennes, non comme une responsabilité historique.

Ce serait une gifle politique et morale.

Un aveu que la “rupture” promise n’était rien d’autre qu’une stratégie de conquête du pouvoir.

Un pays paralysé, au service d’une mise en scène ?

Pendant que cette crise se déroule, les conséquences sont réelles, profondes et immédiates :

• l’administration fonctionne au ralenti,

• les investissements sont suspendus,

• les partenaires internationaux s’inquiètent,

• les institutions sont fragilisées,

• les citoyens vivent dans l’incertitude,

• les réformes attendues sont bloquées,

• l’atmosphère politique s’alourdit.

Un pays n’est pas un terrain de jeu.

On ne met pas en pause 18 millions de personnes pour tester une stratégie électorale ou sonder la réaction de l’opposition.

Si la crise actuelle est fabriquée, alors les dirigeants ont mis en péril la stabilité nationale pour un calcul politicien.

Le Sénégal mérite mieux.

Le pays traverse des défis économiques, sociaux et institutionnels majeurs : ce n’est pas le moment de jouer avec le feu.

Un reniement du discours de moralité

Depuis 2014, Ousmane Sonko, puis Bassirou Diomaye Faye, construisent leur légitimité sur un socle moral très clair :

• la vérité,

• la transparence,

• la rupture avec les pratiques anciennes,

• la morale dans la gestion publique,

• l’intégrité absolue dans la prise de décision.

Or, orchestrer une crise pour un objectif politique contredit absolument tout ce discours.

On ne peut pas dénoncer la manipulation et manipuler à son tour.

On ne peut pas prêcher la transparence et créer volontairement de l’opacité.

On ne peut pas se présenter comme un modèle d’éthique et plonger le pays dans une tension artificielle.

Si cette crise est fabriquée, alors la rupture n’existe pas.

Le pouvoir actuel utilise les mêmes méthodes que ceux qu’il accusait : la calculatrice électorale avant la stabilité nationale.

La “nouvelle gouvernance” s’effondre en direct

Depuis l’arrivée au pouvoir, les Sénégalais attendent une transformation profonde des pratiques, une manière différente de diriger, une gouvernance plus honnête, plus stable, plus responsable.

Une crise fabriquée détruit ces trois piliers fondamentaux :

1. La vérité : un mensonge politique en direct

Fabriquer une tension, c’est mentir au peuple.

C’est manipuler son attention, sa patience, sa confiance.

C’est affirmer que le pays traverse une difficulté réelle, alors qu’il s’agit d’un instrument électoral.

2. La transparence : l’opacité comme méthode

Rien n’est plus contraire à la transparence que de mettre en scène une crise.

Tout est flou, tout est dissimulé, tout est orienté.

Ce sont précisément les pratiques dénoncées pendant dix ans par les dirigeants actuels.

3. La responsabilité : l’intérêt partisan avant l’intérêt national

Un dirigeant responsable stabilise, apaise, construit.

Il ne crée pas des tempêtes pour mieux naviguer dans la campagne électorale.

Il ne choisit pas l’instabilité comme outil de gouvernance.

Les Sénégalais n’ont pas voté pour deux acteurs

Le point le plus grave est simple :

le peuple n’a pas voté pour deux tacticiens électoraux.

Il n’a pas voté pour deux communicants.

Il n’a pas voté pour deux metteurs en scène.

Le peuple a voté pour deux responsables.

Deux dirigeants censés protéger l’intérêt national, pas leur stratégie politique.

Voter pour Diomaye et Sonko, c’était :

• croire à un nouveau modèle,

• espérer un leadership courageux,

• attendre une gouvernance éthique,

• vouloir sortir des crises politiques permanentes,

• espérer que “l’ère des manipulations” soit terminée.

Si cette crise est volontaire, alors ce contrat moral est rompu.

Une crise artificielle a des conséquences bien réelles

Qu’elle soit réelle ou fabriquée, la crise actuelle produit des effets immédiats et durables :

1. Une crédibilité gravement entamée

Un pouvoir pris en flagrant délit de manipulation perd son capital moral.

Et un capital moral, une fois perdu, ne se récupère presque jamais.

2. Une opposition revigorée

Si l’opposition découvre qu’elle a été manipulée, elle se renforce, se rassemble et regagne un argument puissant :

« Ils sont comme ceux qu’ils ont combattus. »

3. Des institutions fragilisées

Chaque manipulation affaiblit la confiance dans l’État.

Et une institution affaiblie met plus de temps à se relever qu’un parti politique.

4. Un peuple désabusé, blessé et méfiant

La déception politique est l’une des forces les plus dangereuses dans une démocratie.

Elle pousse au repli, au cynisme, ou parfois à la radicalité.

Le Sénégal mérite la vérité, la transparence et la responsabilité

En ce moment même, le pays traverse une tension qui inquiète les familles, les entreprises, la diaspora, les institutions religieuses et les partenaires internationaux.

Face à cette crise encore en cours, le pouvoir a une obligation absolue :

dire la vérité.

Pas demain, pas après les locales : maintenant.

Le Sénégal mérite :

• une gouvernance qui parle vrai,

• une classe dirigeante qui assume ses actes,

• un leadership qui ne joue pas avec la stabilité,

• des responsables qui respectent la confiance qu’on leur a donnée.

Si la crise actuelle est orchestrée, alors le pouvoir doit rendre des comptes au peuple.

Pas aux partis, pas aux coalitions, pas aux observateurs : au peuple.

Le Sénégal n’est pas un accessoire de campagne.

Le pays n’est pas un échiquier politique.

Et les citoyens ne sont ni des figurants ni des spectateurs.

On peut manipuler une communication.

On peut manipuler une alliance politique.

Mais on ne manipule jamais durablement un peuple.

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