Lorsque nous étions encore ensemble dans l’opposition, j’avais alerté sur la fourberie politique, le populisme et les contradictions de Pastef.
On m’avait alors affublé d’une étiquette: « opposant de l’opposition ».
Le pouvoir est venu et avec lui, la confirmation progressive de mes inquiétudes.
Les Sénégalais attendaient des résultats. Ils ont surtout eu droit à des difficultés persistantes liées à l’emploi, au pouvoir d’achat, à la fourniture d’électricité, à la stabilité des institutions, aux inondations, au coût de la vie…
Sur bien des fronts, les promesses ont pris de l’avance sur les réalisations.
J’avais pourtant retenu une sagesse populaire bien de chez nous : « Lu fégne ci seey, ñuyo na ci góoroo ». Autrement dit, ce qui se révèle au mariage a généralement été annoncé dès les fiançailles.
Les signes étaient là. Il fallait simplement accepter de les regarder en face.
J’avais également alerté sur la liste de Pastef aux élections législatives. J’y voyais moins la volonté de construire une majorité parlementaire au service des Sénégalais que celle de préparer un futur rapport de force avec le président de la République, dans une bataille pour le contrôle du pouvoir et de ses privilèges.
On m’avait présenté comme un oiseau de mauvais augure, désireux de voir se briser un duo que l’on disait inébranlable.
Aujourd’hui, les tensions au sommet de l’État et l’usage politique de la majorité parlementaire me donnent raison.
Pendant près de deux ans, cette majorité a davantage accompagner le pouvoir que le contrôler. La voilà désormais propulsée au premier plan dans un affrontement politique dont les Sénégalais ne devraient pourtant pas être les simples spectateurs.
Le contrôle de l’action publique est une mission essentielle de l’Assemble nationale. Il faut donc encourager toute initiative sérieuse visant à faire la lumière sur les affaires publiques.
Encore faut-il que ces commissions travaillent avec rigueur, plutôt que de devenir des instruments de communication politique.
L’objectif visé aujourd’hui est que toutes ces initiatives finissent par servir d’arguments politiques au moment d’une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale.
Le récit est déjà prêt pour qui connaît Pastef :
« L’Assemblée Natioanle a été dissoute parce que nous voulions faire toute la lumière sur les scandales et éclairer la lanterne des Sénégalais. »
Une belle formule. Une justification commode mais qu’aura-t-on réellement éclairé ?
Encore faut-il disposer des compétences nécessaires pour mener une investigation parlementaire digne de ce nom.
Certains ne savent même pas lire les questions qu’on leur soumet. D’autres ne comprennent manifestement pas les réponses qu’ils reçoivent, quand ils parviennent à formuler leurs propres questions.
Une commission d’enquête n’est pas un tribunal. Orienter les questions, chercher à incriminer coûte que coûte et vouloir désigner des coupables avant même d’avoir établi les faits ne fera pas apparaître la vérité. Encore moins des coupables.
Le plus drôle, c’est qu’au moment même où ils réclament la transparence, l’Assemblée nationale, dont ils tirent leur légitimité, fonctionne avec un budget dont les députés eux-mêmes ignorent les tenants et les aboutissants.
Depuis le début de la législature, ce budget n’aurait fait l’objet d’aucun rapport adressé à l’Assemblée nationale par la commission de comptabilité et de contrôle sur l’état des recettes et des dépenses.
On ne peut pas réclamer la transparence chez les autres tout en laissant planer le doute sur sa propre gestion. La lumière que l’on exige pour la République doit aussi éclairer l’institution qui prétend la faire.
L’Assemblée nationale est finalement devenu une scène de théâtre.
Nous sommes ainsi passés de Projet-Pastef à Pastef-Prod.
Le projet devait transformer le Sénégal. La production semble désormais s’employer à fabriquer des séquences politiques, des polémiques et des récits destinés à entretenir la mobilisation militante.
Le pays ne peut pas être condamné à vivre au rythme des querelles de ceux qui gouvernent.
Il est temps que les Sénégalais ferment cette parenthèse du divertissement permanent.
Un peuple ne se nourrit pas de polémiques. Il ne se développe pas à coups de slogans.
Le Sénégal a besoin de résultats, de vérité, de compétence et d’une gouvernance à la hauteur de ses ambitions.
De Projet-Pasref à Pastef-Prod, il reste désormais à se battre pour que notre pays ne soit pas définitivement transformé en une immense scène de théâtre, où des acteurs politiques jouent leur partition pendant que les Sénégalais paient le prix du spectacle.
Thierno Bocoum
Président AGIR-LES LEADERS













