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Des menaces sur l’école à l’heure du dialogue national- Par Dr Cheikh Kaling

by Assane Seye
12 juin 2016
in Actualités
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Des menaces sur l’école à l’heure du dialogue national- Par Dr Cheikh Kaling
Une menace de licenciement c’est la dernière trouvaille du gouvernement du Sénégal pour dompter les grévistes du secteur de l’éducation. On peut bien sûr s’interroger sur la légitimité de la position des enseignants grévistes. A-t-on le droit de refuser une réquisition ? Mais si on analyse la trajectoire de ce mouvement d’humeur et le traitement que lui réserve l’Etat depuis des années, on peut également se demander si légitiment le gouvernement actuel est fondé à prendre une telle mesure radicale.
Depuis des années, le gouvernement du Sénégal bloque l’avancement de ses agents.
Certains enseignants restent des contractuels pendant. Quand l’autorité compétente délivre enfin un acte qui intègre un enseignant à la fonction publique, avec des années de retard, ce même enseignant reste parfois un an avant de voir la mise en application de cette décision administrative. Au moment où nous écrivons ces lignes, des enseignants recrutés en 2007 comme vacataires ou volontaires attendent toujours leur intégration dans la fonction publique. D’autres titularisés officiellement le mois de septembre attendent la mise en solde c’est-à-dire l’application effectivement de leur intégration. Un troisième groupe intégré depuis plus de trois ans attend encore le paiement de rappels que l’Etat lui doit. Deux raisons sont évoquées par le gouvernement pour justifier cet état de fait : les lenteurs administratives et la soutenabilité des dépenses par le budget national.
En réalité la première excuse n’est qu’un prétexte pour camoufler la seconde. Nous sommes conscients que le budget national ne peut supporter d’un seul coup l’intégration massive des enseignants contractuels. C’est parce que les enseignants en sont conscients que certains restent dix ans à attendre leur intégration. Mais que constate-ton au même moment ? Les mêmes gouvernants qui nous disent qu’ils n’y pas suffisamment d’argent pour gérer les problèmes du secteur de l’éducation créent des dépenses inutiles ou non prioritaires :
-Combien nous coûte le Conseil économique social et environnemental ?
-Combien nous coûtent les Conseils départementaux ?
-Combien nous ont coûté les véhicules des 500 maires du Sénégal ?
-Combien nous coûtent l’entretien des agences dont la plupart ne sont que des doublures des Directions nationales ?
-Combien nous coûtent nos députés ?
-Comment est-ont passé de la promesse d’un gouvernement de 25 membres à la formation d’un gouvernement de 39 membres ? Combien de ministres conseillers y-a-t-il au Sénégal. Combien nous coûte cette pléthore de ministres ?
-Comment se fait-il que dans ce pays pauvre, l’Etat offre 150 véhicules aux députés de la 11e législature pour acheter 150 autres plus chers aux députés de la 12e législature ?
-Combien nous coûtera le Haut conseil des collectivités locales ?
La frustration et l’intransigeance des enseignants trouvent leur explication dans le comportement des hommes politiques qui proclament que l’école est une priorité mais gère la carrière des enseignants avec parcimonie mais mettent en place des institutions budgétivores.
Voici les contradictions auxquelles nous faisons face.
-Un gouvernement qui ne parvient pas respecter les engagements vis-à-vis des enseignants crée au même moment dépenses inutiles dans le seul but de satisfaire une clientèle politique.
-Un gouvernement qui n’a jamais respecté ses engagements vis-à-vis des enseignants violant au passage les actes administratifs qu’il prend, veut licencier des agents qui exercent leur droit de grève.
-Au même moment nos dirigeants discutent de l’éventualité de libérer un de leurs amis qui a été reconnu de s’être « enrichi d’un patrimoine estimé provisoirement à la somme de cent dix-sept milliards trente-sept millions neuf cent quatre-vingt-treize mille cent soixante-quinze francs (117.037.993.175) francs CFA, sous réserve des biens et sociétés qui n’ont pas encore été évalués ou qui sont en cours de l’être et, d’avoir été dans l’impossibilité d’en justifier l’origine licite ».
-Nous sommes dans un pays où des gens, parce qu’ils occupent des postes politiques peuvent amasser indûment des milliards. Au même moment, ces mêmes gens ou leurs congénères sortent des communiqués pour donner des leçons de patriotisme ou menacer de pauvres enseignants dont la plupart ont du mal à survivre de leur maigre salaire.
La question n’est plus de savoir si le gouvernement a le droit ou le « courage » de licencier les enseignants grévistes. La question est de savoir si les enseignants qui sont exclus du dialogue national sont également exclus des priorités nationales. La question est de savoir si l’argent de ce pays doit servir à enrichir les hommes politiques au moment où on demande au reste du peuple de serrer la ceinture.
Hier on faisait de la traque des biens mal acquis une « demande sociale ». Aujourd’hui on veut faire du licenciement des enseignants une « demande sociale ».
La gouvernance sobre consiste à gaspiller des milliards pour entretenir une clientèle politique.
La gouvernance vertueuse se résume à prendre des engagements sans les respecter et à écraser ceux qui seraient tentés d’opposer une résistance à l’injustice.
Chers politiciens professionnels, renoncez aux privilèges exorbitants qui grèvent les finances publiques puis revenez demander aux patriotes de ce pays de suivre votre exemple.
Dr Cheikh Kaling
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