Il existe désormais une martingale politique inédite au Sénégal : exister médiatiquement sans exister structurellement. Diomaye Président vient d’en faire la démonstration magistrale. Pas de parti constitué, pas de meeting, pas un centime dépensé en communication — et pourtant, l’espace médiatique est saturé. La recette ? Laisser d’anciens fidèles de Sonko annoncer, au compte-gouttes, savamment chronométrés, leur ralliement au nouveau pôle présidentiel. Chaque démission devient un épisode, chaque épisode une tribune gratuite. Les chaînes d’info s’emballent, les plateaux s’échauffent, les éditorialistes s’épuisent en analyses — et Diomaye, lui, n’a rien eu à débourser. C’est du marketing politique à coût zéro, une prouesse dont même les publicitaires les plus aguerris pourraient s’inspirer.
Sur le strict plan de la communication, il faut le reconnaître : le coup est brillant. On occupe le terrain sans lever le petit doigt, on fait parler de soi en misant sur la nostalgie des ruptures et le voyeurisme politique national, sport favori des Sénégalais depuis l’indépendance. Mais s’agit-il vraiment d’une victoire, ou d’un aveu déguisé de vacuité ? Car pendant que les ex-Pastéfiens défilent devant les caméras pour raconter, avec des trémolos calculés, leur « cheminement personnel » loin de Sonko, le Sénégal réel, lui, ne regarde plus la télévision : il regarde son portefeuille.
L’ironie est cruelle. Voilà des responsables qui, hier encore, promettaient rupture systémique et souveraineté retrouvée, aujourd’hui davantage préoccupés par le tempo de leurs annonces de démission que par le prix du kilogramme de riz. Le peuple, étranglé par une conjoncture économique sans pitié, assiste à un spectacle où les egos se recomposent en direct, où chaque transfuge devient sa propre vedette d’un soir, pendant que les files d’attente s’allongent devant les stations-service et les marchés. On croirait un feuilleton où les acteurs, trop occupés à soigner leur sortie de scène, ont oublié qu’il y avait un public — et que ce public a faim.
C’est là que la stratégie devient un piège. Car 2029 arrivera, inexorablement, et il faudra bien présenter un bilan. Or un bilan ne se construit pas à coups de conférences de presse improvisées par des transfuges en quête de rédemption médiatique. Il se construit avec des routes, des hôpitaux, des salaires payés à temps. Gagner la bataille de la communication aujourd’hui en négligeant l’économie de demain, c’est préparer, avec un soin methodique, sa propre défaite électorale. L’histoire politique regorge de stratèges qui ont confondu buzz et bilan, et qui ont fini par découvrir, dans l’isoloir, que les électeurs ne votent pas pour des punchlines.
Diomaye Président aura gagné une bataille de communication. Mais à force de nourrir les plateaux plutôt que les Sénégalais, le risque est grand de perdre la guerre qui compte vraiment : celle des urnes













