Il est des pièges que l’on tend à l’adversaire et qui, par un curieux effet de miroir, finissent par se refermer sur la main qui les a posés. C’est peu ou pour l’histoire que nous conte, avec la patience d’un roman-feuilleton, l’épisode des crédits spéciaux et de leur encadrement.
Tout commence par une intention louable en apparence : brider les moyens politiques dont dispose le président Bassirou Diomaye Faye. Noble dessein que celui de la vertu budgétaire. Sauf que la vertu, en politique, a souvent une doublure moins avouable. Car pour rogner les ailes du chef de l’État, encore fallait-il ne pas se couper les siennes au passage.
L’Assemblée, dominée par Pastef, a donc rejeté les six amendements proposés par l’exécutif. Geste qui, sur le papier, ressemble à une victoire parlementaire. Sur le fond, c’est un aveu déguisé en fierté : en refusant ces amendements, Pastef reconnaît, sans le vouloir, que les crédits spéciaux fonctionnent bel et bien comme des fonds politiques. On ne défend avec tant d’ardeur que ce que l’on tient à conserver. La lucidité populaire ne s’y trompera pas : qui refuse l’encadrement d’un robinet est rarement celui qui a soif d’eau claire.
Deux lectures s’offrent alors à l’observateur, et toutes deux mènent, par des chemins différents, au même carrefour. La première voudrait que ce refus traduise la volonté de doter Ousmane Sonko d’une réserve financière suffisante pour les échéances électorales à venir — une cagnotte de guerre, en somme, entretenue avec le soin qu’on porte aux choses précieuses. La seconde, plus retorse, suggère qu’en intégrant ces amendements, Pastef aurait offert au président un motif tout trouvé pour dénoncer l’inconstitutionnalité d’un texte pourtant consacré à la fonction présidentielle, mais que l’on aurait voulu enrichir de dispositions concernant l’Assemblée. Piège pour piège, l’un valait l’autre.
Et c’est bien là que l’ironie du dispositif atteint son sommet : dans les deux scénarios, c’est Diomaye qui triomphe. Fable moderne où le chasseur, en tendant son filet, se retrouve lui-même filé.
Reste l’acte final, celui qui donnera tout son sel à cette partie d’échecs institutionnelle. La loi adoptée, le président pourra solliciter un arbitrage par référendum. Et le calendrier, dira-t-on, appartient à celui qui le fixe. Rien n’empêche Diomaye de convoquer cette consultation à la veille même de la présidentielle de 2029, transformant ainsi un instrument de contrôle en accélérateur de campagne.
Diomaye, détenteur du calendrier, n’a donc aucune raison de se presser. Il savoure, en observateur patient, une scène où ses adversaires, croyant l’enfermer, n’ont fait que resserrer leur propre nœud. La politique, décidément, est cet art subtil où l’on peut perdre en gagnant, et gagner en perdant — pourvu que l’on sache, comme le chef de l’État, attendre son heure avec le sourire.












