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Le président bolivien Evo Morales démissionne et crie à l’injustice

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Le président bolivien Evo Morales démissionne et crie à l’injustice

by malick
11 novembre 2019
in Actualités, International, Politique, SOCIETE
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Le président bolivien Evo Morales a démissionné dimanche après trois semaines de protestations contre sa réélection, tandis qu’une foule joyeuse célébrait la nouvelle dans les rues et que les premières arrestations d’anciens dirigeants avaient lieu.

«Je renonce à mon poste de président», a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, au terme d’une journée marquée par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ainsi que des démissions en série de ministres et députés.

«Le coup d’État a eu lieu», a ajouté, à ses côtés, le vice-président Alvaro Garcia Linera, lui aussi démissionnaire.

En début de soirée, la police a arrêté la présidente du Tribunal électoral de Bolivie (TSE), Maria Eugenia Choque, sur ordre du parquet, qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d’octobre, ainsi que le vice-président du TSE, Antonio Costas.

Des milliers d’habitants ont déferlé dans les rues du pays pour célébrer cette annonce, agitant le drapeau bolivien entre rires et larmes après la violente vague de contestation au cours de laquelle trois personnes ont été tuées et 383 blessées.

«Cet imbécile (Morales), qui ne sait pas réfléchir, est parti par la fenêtre, quelle bonne nouvelle, on est heureux», confiait à l’AFP Reggina Sojas, commerçante de 61 ans, venue faire la fête sur l’avenue El Prado, principal axe de La Paz.

«Quel moment de gloire pour nous, on est vraiment contents, vive la démocratie», se réjouissait aussi Ricardo Revilla, employé de banque de 37 ans.

«Leçon au monde»
«Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays», s’est exclamé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l’opposition, qui s’était rendu plus tôt au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu’un exemplaire de la Bible.

Retranché dans son fief politique, la zone de production de feuille de coca de Chimoré, dans la région de Cochabamba (centre), Evo Morales a finalement cédé aux appels au départ en fin d’après-midi.

Dénonçant comme une «décision politique» l’appel de l’Organisation des États américains (OEA) à l’organisation d’un nouveau scrutin, il a affirmé: «Mon péché (est) d’être indigène, d’être producteur de coca».

Né dans la misère, cet ancien berger de lamas avait gravi les échelons syndicaux jusqu’à devenir il y a 13 ans le premier chef d’État indigène du pays.

Il est l’un des derniers représentants de la «vague rose» qui a déferlé au tournant des années 2000 sur l’Amérique latine, faisant virer à gauche le Brésil, l’Argentine, le Chili, l’Équateur et le Venezuela, la majorité de ces pays ayant depuis rebasculé à droite.

Dimanche soir, il a d’ailleurs reçu le soutien immédiat des présidents cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, qui ont dénoncé un «coup d’État» et exprimé leur solidarité envers leur «frère président» Evo Morales.

Le président élu argentin Alberto Fernandez a également condamné «un coup d’État». Le Mexique a offert l’asile à Evo Morales et accueilli dans son ambassade à La Paz des fonctionnaires et des parlementaires boliviens.

De son côté, le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro a estimé que les dénonciations de fraude avaient poussé Evo Morales à démissionner.

Au fil de la journée, le dirigeant bolivien s’était retrouvé de plus en plus isolé alors que la crise politique s’accélérait brutalement dans le pays andin, où grève générale et manifestations paralysaient l’activité depuis une dizaine de jours.

Le coup fatal a été porté par l’armée et par la police, qui lui ont retiré leur soutien dans l’après-midi, l’appelant à démissionner «pour le bien de la Bolivie»

Démissions en série
L’annonce dans la matinée par le président d’un nouveau scrutin – une option qu’il rejetait jusque-là – visait à «pacifier la Bolivie», mais n’a pas réussi à apporter le calme.

Le président de l’Assemblée nationale, Victor Borda, le ministre des Mines, César Navarro, ainsi que celui des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, et une dizaine de députés, ont renoncé à leur poste.

Durant la journée, plusieurs dirigeants de l’opposition avaient exhorté le chef de l’État à lui aussi démissionner.

«S’il lui reste une once de patriotisme il devrait se retirer», avait plaidé le centriste Carlos Mesa, principal adversaire de M. Morales au premier tour de la présidentielle du 20 octobre.

«Evo Morales a brisé l’ordre constitutionnel et doit démissionner», avait renchéri Luis Fernando Camacho.

Le président avait promis de «renouveler l’ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE)», puis de «convoqu(er) de nouvelles élections», sans spécifier la date de ce nouveau scrutin, ni s’il s’y représenterait.

L’Organisation des États américains (OEA) avait demandé dimanche matin l’annulation du scrutin, entaché d’irrégularités selon elle.

Elle appelait aussi à la convocation d’un nouveau scrutin avec comme garantie nécessaire «la composition d’un nouvel organe électoral», allusion au TSE, dont sept membres ont été visés dimanche par des poursuites du parquet pour participation présumée aux irrégularités.

Le gouvernement colombien a demandé dimanche une «réunion urgente» du conseil permanent de l’OEA «afin de chercher des solutions à la complexe situation institutionnelle» qui se présente en Bolivie, a indiqué le ministère colombien des Affaires étrangères.

Le scrutin du 20 octobre avait abouti à l’élection d’Evo Morales pour un quatrième mandat allant jusqu’en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d’un référendum en février 2016.

Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de 10 points celui de Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l’opposition.

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