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Le prix de l’incompétence et de l’inconscience, (Par Thierno Alassane Sall)

by Senegal7
7 octobre 2026
in Actualités, Contribution, SOCIETE
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Le prix de l’incompétence et de l’inconscience, (Par Thierno Alassane Sall)

Les scientifiques du monde entier n’ont eu de cesse de nous prévenir tout au long de ces dernières décennies. Les phénomènes météorologiques exceptionnels auront tendance à être plus fréquents, des pluies d’une rare intensité succédant à de longues périodes de pause ou de sécheresse.

Régulièrement au cours de COP de l’ONU, où nos ministres et autres officiels aiment bien se donner à voir, les experts recommandent avec insistance des stratégies nationales de mitigation face à des risques de plus en plus élevés de catastrophes naturelles. Les gouvernements, dont c’est la responsabilité de ne pas s’en remettre qu’au ciel, devraient disposer de plans d’actions et donc, de mécanismes d’alerte précoce.

Or, ce que les pluies de ce dimanche 4 et lundi 5 octobre ont prouvé, c’est qu’il n’y aucun dispositif de surveillance et de protection des populations : on peut se retrouver coincer dans un véhicule submergé par les eaux sur une des routes de la capitale, ou pire, être pris au piège dans le centre de santé Philippe Maguilen Senghor (PMS) de Yoff, en quelques instants, sans aucune alerte préalable.

Il est maintenant prouvé que l’on peut être noyé dans son véhicule sur l’une des voies de desserte de la VDN (comme il y a quelques années cet automobiliste mort bloqué dans sa pick-up) ou risquer de l’être sur l’autoroute Seydina Limamoulaye de Yoff, ou encore l’autoroute à péage.

Moins que l’absence de mécanismes de surveillance et d’alerte des populations, ce qui tue, c’est l’incompétence et la cupidité des hommes politiques.

Une presqu’île, où l’eau ruisselait naturellement et de partout vers la mer, a été métamorphosée en quelques décennies, en de multiples bassins isolés les uns des autres, en créant au passage un potentiel dévastateur d’amplification des courants d’eau.

Considérez tous les quartiers à l’est de la VDN 1 : Sacré-Cœur 3, Liberté 6 extension et autres. Dans un passé récent, les eaux pluviales de ces zones traversaient la VDN, s’epandaient sur la bande verte qui en absorbait une large proportion, le reste ruisselant vers ce qui est devenu le quartier de Ouest Foire vers la mer, en traversant Yoff.

Une urbanisation inspirée par une spéculation foncière cupide et égoïste, a littéralement remplacé tous les espaces par le béton. La VDN a été modifiée pour canaliser le flux de véhicules sans penser au cours des eaux. Un terre-plein en béton isole désormais l’est de l’ouest de la VDN, bloquant le versant naturel des eaux. Et pour canaliser les eaux, un ouvrage nettement sous dimensionné, de surcroît qui surplombe les chaussées, sans des collecteurs adéquats ni en nombre suffisant, a été réalisé. Ou le budget était insuffisant ou il a fini ailleurs.

Ce qui nous arrive ne doit rien au hasard. Il faut voir ce canal supposé drainer les eaux vers la mer, déverser sur la VDN, à hauteur du pont de la FASTEF (École Normale). Un comble !

Cest ainsi que Ouest Foire (qui formait un tout avec Yoff) est isolé de son exutoire naturel vers la mer par l’autoroute, sans y remédier par des ouvrages appropriés de collecte et de drainage des eaux. Est-il étonnant dès lors que, dès qu’une pluie forte (je ne dis pas exceptionnelle) tombe, certains points bas de ces voies (VDN, autoroutes…) deviennent des bassins? Est-il surprenant que, par où elle force un passage, l’eau devient un torrent balayant tout sur son passage ? La preuve de l’incompétence et de l’incurie criminelles des gouvernants est, par exemple, de ne pas comprendre que le Poste de santé PMS doit être déplacé. Mais ceux qui s’accaparent de la moindre parcelle libre, pour ensuite l’échanger contre espèces sonnantes et trébuchantes, se moquent bien d’un hôpital qui se noie régulièrement.

Car le grand coupable c’est l’État et ses démembrements, le Système honni qui n’a jamais aussi bien tourné. Nous sommes la seule presqu’île qui ne dispose plus de plage. Et ce ne sont pas seulement aux seuls humains que l’on prive de l’accès à la mer. C’est également aux eaux de pluie. Tous les fleuves vont à la mer dit le Sage. Mais, à Dakar, les courants d’eau de pluie sont contrariés presque partout, sans en compensation ériger des canaux de déversement. Bien au contraire, on a osé construire sur les rares exutoires, comme autour de l’aéroport de Yoff.

Il y a certes des belles lois dans ce Pays de droit, comme celles instituant des zones non aedificandi, ou des domaines publiques maritimes. Il y a certes des instruments de surveillance et de répression, comme la DSCOS. Il y a aussi régulièrement des opérations coup de poing ou des audits pour faire genre. Tout cela, au lieu de concourir à œuvrer pour la protection publique, offre à la corruption les moyens de prospérer et de se généraliser, et à l’occupation illégale d’être blanchie par des autorisations obtenues en violation des lois.

Ainsi Dakar, une ville très jeune puisqu’elle n’a pas 200 ans, ne compte plus de plages, alors des villes plusieurs fois millénaires ont conservé tout leur littoral. Mesurons le désastre et l’absurdité : une presqu’île bientôt privée de plages, les Niayes, un don de Dieu pour le maraîchage, l’élevage et le plaisir de vivre pour tous, privatisés par quelques-uns quand des villes plusieurs millénaires ont encore les pieds dans l’eau.

C’est une des plus fortes illustrations que notre sous-développement ne s’explique pas seulement par les autres. Le colonisateur, certes pour ses propres besoins, a laissé des embryons de voie circulaire à travers les corniches est et ouest, ou de canaux de drainage des eaux. Là où il a passé la main, l’on pouvait noter un souci de planification, jusque dans les variétés d’arbres importés d’un peu partout pour renforcer le cadre de vie. Il a laissé une bande de filles de 180 Km sur la Grande Côte, entamée en 1948, à Cambérène, et qui s’arrête à Darou Mboumbaye à Saint-Louis.

Depuis quelques décennies, une conquête systématique s’opère contre cette bande et les plages entre elle et la mer. A coups de décrets de déclassification, de partages entre initiés du foncier et du patrimoine communs. Un esprit aussi carnassier n’est pas compatible avec une vision encore moins une action de développement. C’est ce qui fait dire à certains afro-pessimistes que nous refusons le développement. Nos hommes politiques sont des grands prédateurs. Tout trépasse après leur passage.

C’est cette mentalité carnassière qui efface des projets ficelés et prêts à démarrer : l’avance de démarrage disparaît au vu et su de tous, en toute impunité. C’est cette même mentalité carnassière, qui voit en tout projet une occasion de s’enrichir, qui engendre des noyades dans une capitale, des magasins dévastés, des maisons emportées. De tels drames se produisent à des échelles moindres régulièrement dans des zones rurales, qui ne bénéficient pas de la même couverture médiatique.

Chaque hivernage, des pans entiers du pays se retrouvent coupés de tout. Des populations y meurent par noyades, ou faute de pouvoir être évacuées dans des structures sanitaires, ou de morsures de serpent ou épuisées par des tâches éreintantes comme piler le mil, ou tirer l’eau de puits en état de grossesse. C’est pour cette raison que le dossier ASER me tient particulièrement à cœur.

J’ai la chance de bénéficier de la VDN ou d’autres réseaux routiers et ne pas devoir traverser des ponts de fortune menacés par les eaux. Je profite d’un système sanitaire qui a ses limites mais qui est de proximité. Je suis desservi par le réseau électrique public. Toutes ces infrastructures ont été financées par l’ensemble des Sénégalais, y compris les paysans. Particulièrement les paysans durant la première décennie de l’indépendance quand on sait que l’arachide représentait 80 % de nos recettes d’exportation et les paysans n’en recevaient qu’une part modeste. C’est aussi à eux que je dois, en partie, ma formation à l’école publique.

Aussi, au moment où les pluies diluviennes montrent les fragilités de nos localités les plus sûres, comment ne pas penser à ceux qui peuvent mourir encore foudroyés dans leurs cases, ou mordus par un serpent dans leur lit, faute d’éclairage approprié ? Au moment où l’eau envahissait Dakar, j’étais fidèle à mes engagements, en me rendant dans le monde rural, auprès de ces Sénégalais oubliés, pour leur dire qu’ils ont aussi le droit à la parole et au bien être. Qu’ils doivent exercer ce droit pour réclamer la lumière sur les 37 milliards, surtout au moment où il a été permis à l’espagnol José de s’exfiltrer du Sénégal avant de refuser de répondre devant la Justice de ce pays.

Qu’ils doivent monter à Dakar pour manifester.

Il est symptomatique de la mauvaise conscience de l’État que le sous-préfet de Sagata a tout entrepris pour saboter cette rencontre. Comme durant le temps des colons, il a appelé les organisateurs locaux, les potentiels soutiens pour les dissuader de participer à nos activités. Voilà à quoi on reconnaît une administration de sous-développement : incapable de combattre l’insécurité ou le vol de bétail, ni de protéger contre les catastrophes en tous genres. Mais assez forte pour régner sur le Paysan toujours considéré comme un « kaw-kaw », sans droit, que l’on menace.

Je ne fais la fixation sur aucun des problèmes. Toutes les difficultés doivent être prises à bras le corps. Surtout lorsqu’on fait face à des hommes politiques incompétents, insouciants et irresponsables. L’insouciance, l’impéritie, la méchanceté se combinent pour convoquer trois sessions extraordinaires de l’Assemblée nationale, en plein hivernage, alors que l’Etat ne dispose même pas d’un mécanisme de surveillance des sites potentiellement submersibles. Le Président de la République, lui, compte le nombre de maires qu’il débauche et non les problèmes qu’il a réglés ou les réalisations qu’il achevées.

Il se trouve que les localités et hameaux dispersés à travers le Sénégal n’ont pas la même capacité à se faire entendre par les gouvernants. On peut s’y noyer dans l’anonymat. Certes leurs drames sont moins spectaculaires que ceux des grandes agglomérations mais ils se produisent régulièrement, chaque année. La répétition est pédagogique : en ce moment même, de nombreuses localités du pays ne sont accessibles que par des pirogues de fortune.

Aussi, après avoir enterré nos morts et fait le deuil de toutes ces épreuves et destructions absurdes, il nous faudra revenir à ces questions qui sont la preuve du mal qui nous gouverne. Dans un pays où 37 milliards destinés aux populations les plus vulnérables peuvent disparaître dans l’indifférence des gouvernants, tout est possible.

L’indifférence ou le silence seraient une forme de soutien aux auteurs d’une telle forfaiture. Nous devons répondre par une grande marche nationale après les JOJ.

Thierno Alassane Sall,
République des Valeurs

Député de la Coalition Sénégal Kese à l’Assemblée nationale.

Tags: leThierno Alassane Sall
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