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Les pays arabes alliés d’Israël, « otages du conflit israélo-palestinien »

by Modou Mboup
12 mai 2021
in Actualités, Amerique, International
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Les pays arabes alliés d’Israël, « otages du conflit israélo-palestinien »

Les pays arabes ayant normalisé ou apaisé leurs relations avec Israël assistent depuis le 7 mai, avec embarras, à une nouvelle escalade des tensions avec les Palestiniens. Dans ce contexte, leurs stratégies diplomatiques se retrouvent au cœur de nombreuses critiques. Décryptage avec Karim Sader, politologue spécialiste des pays du Golfe.

Face au risque d’un possible embrasement au Proche-Orient, où la tension ne retombe pas en Israël et dans les Territoires palestiniens, les appels au calme en provenance de la communauté internationale se sont multipliés ces derniers jours. Mais ils n’ont eu, à ce jour, aucun effet sur l’escalade de violences.

Parmi les réactions internationales, des Américains et des Européens, consternés par cette flambée de violences intervenue après plusieurs jours de heurts autour de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, celles des diplomaties arabes ont été particulièrement observées.

Précisément, celles des nations ayant récemment normalisé leurs relations avec Israël, comme le Soudan, le Maroc, les Émirats arabes unis et Bahreïn en provoquant, à l’époque, un électrochoc dans dans le monde arabe. Elles sont forcément embarrassées par les images de heurts en provenance de l’esplanade, lieu le plus sacré du judaïsme où se trouve la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam après La Mecque et la mosquée du Prophète de Médine, en Arabie saoudite.

 

Les Émirats et Bahreïn ont condamné la descente des forces de sécurité israéliennes, le 7 mai, dans la mosquée sacrée, et la répression à l’encontre de fidèles qui cherchaient à en sortir. Abou Dhabi a également appelé les autorités israéliennes à « assurer la responsabilité d’une désescalade » de la violence.

Le Maroc a, de son côté, indiqué suivre avec une « profonde inquiétude » les violences, ajoutant que le roi Mohammed VI considérait « ces violations comme inadmissibles et alimentant les tensions ».

>> À lire aussi : « Jérusalem, ville triplement sainte au centre de la discorde »

L’Arabie saoudite, qui n’a pas encore normalisé ses relations, mais qui a donné son feu vert à ses alliés du Golfe pour se rapprocher de l’État hébreu, a rejeté « la stratégie d’Israël qui vise à évincer des dizaines de Palestiniens de leur foyer », en référence à la menace d’expulsion de familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est, à l’origine de la flambée des violences.

Des réactions modérées par rapport à celle de l’Iran ou du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a affirmé qu’il ferait « tout ce qu’il peut pour mobiliser le monde, notamment musulman, pour mettre fin au terrorisme et à l’occupation israélienne ».

Des opinions « toujours sensibles à la cause palestinienne »

Pour Karim Sader, politologue et consultant spécialiste des pays du Golfe, les pays qui ont amorcé un rapprochement avec Israël sont sous le feu des critiques en raison de la forte charge émotionnelle provoquée par les incidents sur l’esplanade des Mosquées. Mais ils sont tout autant dans l’embarras parce que cette escalade des violences a remis la question du conflit israélo-palestinien sur le devant de l’agenda régional.

« En traversant depuis quelques jours une période de tensions et d’escalade, le dossier israélo-palestinien, passé au second plan des priorités diplomatiques des pays du Golfe depuis plusieurs années, est redevenu un élément embarrassant pour ceux qui sont engagés dans ce processus, explique-t-il à France 24. Et dès lors qu’un lieu saint de l’islam est au cœur des tensions, ces pays sont forcés à réagir mais dans des termes qui, en raison de leur démarche diplomatique, n’ont pas la même rhétorique, ni le même poids que celui des puissances non-arabes, à savoir la Turquie et l’Iran, en pointe pour récupérer la cause palestinienne ».

Selon Karim Sader, les manifestations de protestation qui ont eu lieu au Maroc et dans d’autres pays, et le mécontentement que l’on peut mesurer dans les sociétés du Golfe, « non pas dans la rue en raison du verrouillage de l’espace politique mais sur les réseaux sociaux », viennent rappeler aux dirigeants arabes concernés « que la question du sort et des droits des Palestiniens n’est toujours pas réglée et que leurs opinions y sont toujours sensibles ».

« Cette mobilisation et cette colère sont aussi la preuve de la fragilité des processus de rapprochement et par extension qu’il n’y aura vraisemblablement pas d’accord de paix possible tant que le conflit israélo-palestinien perdurera, estime-t-il. L’initiative de paix arabe de 2002, rejetée par Israël, liait invariablement la résolution de ce conflit à la coexistence entre les peuples et à un accord de paix. Tandis que les accords d’Abraham ont voulu outrepasser ces questions, en ayant l’ambition, et quelque part la naïveté, d’opérer des rapprochements politiques avec Israël, sans prendre en considération la question palestinienne ».

L’initiative de 2002, qui impliquait à l’époque l’ensemble des États de la Ligue arabe, proposait, à l’issue d’un sommet organisé à Beyrouth, une paix allant jusqu’à envisager des relations normalisées avec Israël. Et ce, notamment en échange de la formation d’un État palestinien indépendant avec pour capitale Jérusalem-Est et d’une « solution juste » pour la question des réfugiés palestiniens.

Les Saoudiens, « prêts à revoir leurs calculs » ?

Sur un plan sécuritaire, en raison de la détérioration de la situation au Proche-Orient, les pays qui se sont le plus engagés dans le processus de normalisation – avec notamment l’envoi d’un ambassadeur en Israël comme les Émirats arabes unis -, se retrouvent « otages du conflit israélo-palestinien et de ses soubresauts” souligne Karim Sader, dans le sens où « les ressortissants et les intérêts israéliens dans les pays concernés deviennent des cibles potentielles pour des actes de représailles ».

Toutefois, à moins d’une escalade fatale mettant en péril l’équilibre dans les lieux saints de Jérusalem, la situation n’est pas, aux yeux des experts, de nature à rompre le processus de rapprochement. Notamment du côté de Doha, alors que ces évènements « sont de nature à pousser certains acteurs régionaux, comme les Saoudiens, à revoir leurs calculs ».

« Les Émirats se trouvent certes dans une position inconfortable aujourd’hui, mais ils ont la possibilité de faire le dos rond parce que, contrairement à l’Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints de l’islam, leur rôle a une moindre portée symbolique dans la région et parce qu’ils ont une certaine flexibilité en matière de diplomatie », décrypte Karim Sader.

Et de conclure : « Cette situation pourrait toutefois faire réfléchir le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, qui a jusqu’ici accepté de suivre les conseils de son père. Ce dernier lui recommandant de ne pas s’engager précipitamment dans une lune de miel officielle avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu, qui a engagé une détente tacite avec le royaume. Il a une marge pour prendre la décision de ne plus suivre la même direction que celle empruntée par ses voisins et qui pourrait se retourner contre lui « .

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