Nous avons suivi la conférence de presse d’Ousmane Sonko et prenons acte de son intention de ne pas voter la loi de finances rectificative (LFR) 2026. Dans un contexte économique difficile, ce positionnement soulève de sérieuses interrogations.
Une LFR n’est pas une loi de finances initiale. Elle sert à ajuster le budget voté à l’évolution de la conjoncture et au niveau réel d’exécution des dépenses et des recettes, afin d’assurer un atterrissage budgétaire cohérent. Lorsque des investissements prévus n’ont pas été exécutés au rythme attendu, on les révise à la baisse pour coller à la réalité. Bloquer cette étape technique ne fait pas sens. Cela relève davantage d’une logique de blocage politique que d’un contrôle parlementaire constructif.
Ousmane Sonko a porté la loi de finances initiale 2026 et en a dirigé l’exécution durant la première partie de l’année. S’il y a aujourd’hui besoin d’une LFR, c’est aussi le reflet de difficultés apparues sous sa gestion. On peut légitimement critiquer les orientations budgétaires, mais ces critiques ont davantage de sens sur une loi de finances initiale que sur un texte qui cherche simplement à ajuster l’exécution à la réalité.
Les préoccupations sur la cherté de la vie sont légitimes. L’essence atteint près de 990 FCFA le litre, l’un des prix les plus élevés de la sous-région, et le projet de LFR prévoit une réduction des subventions pétrolières de 790 à 552 milliards de FCFA. Mais refuser le texte sans alternative chiffrée revient à laisser les ménages seuls face à ces pressions, tout en risquant de renchérir le coût de la dette et d’éroder davantage la confiance des partenaires.
Certaines évolutions du projet méritent d’être regardées avec lucidité. Le déficit est révisé à la hausse, de 1 245 à 1 735 milliards de FCFA (de 5,4 % à 7,6 % du PIB), et les recettes attendues du PRES sont ramenées de 762,9 à 311,5 milliards de FCFA. Ces ajustements peuvent limiter une compression budgétaire trop brutale. Baisser violemment le déficit, c’est souvent faire de l’austérité
Or les recettes du PRES reposent principalement sur des impôts ; leur révision à la baisse peut réduire la pression fiscale que les commerçants ont tendance à répercuter sur les prix. Nous avons toujours été opposés à une réduction trop agressive du déficit et avons dénoncé les mesures d’austérité associées au PRES.
Cela dit, refuser le texte sans présenter d’amendements crédibles ni identifier de ressources de substitution risque de compromettre la continuité des services publics. En 2025, sous le magistère d’Ousmane Sonko, les dépenses en capital se sont établies à 1 471,8 milliards de FCFA, soit 78,4 % des prévisions révisées. On ne peut pas dénoncer l’insuffisance des investissements sans rendre compte de leur niveau d’exécution lorsqu’on dirigeait soi-même le gouvernement.
La dette totale s’établit à 27 132 milliards de FCFA, soit 105,3 % du PIB à fin 2025. Ce niveau d’endettement, conjugué au gel prolongé des financements, a pesé sur les perspectives. La prévision de croissance pour 2026 a été ramenée à 2,7 % dans la LFR, contre 5 % dans la loi initiale. La LFR cherche à atténuer les conséquences de ces difficultés. La bloquer, c’est prendre le risque d’empêcher les ajustements nécessaires pour résoudre des problèmes auxquels la gestion précédente a contribué.
Les rivalités au sein de la même majorité ne peuvent pas primer sur les urgences du pays. Les Sénégalais n’ont pas voté pour une confrontation permanente. Ils ont voté pour une amélioration de leurs conditions de vie et une gestion transparente des ressources publiques.
Protéger le pouvoir d’achat, préserver les investissements prioritaires et exiger des comptes de tous les responsables : voilà ce qui est attendu. La véritable rupture ne consiste pas à dénoncer les difficultés. Elle consiste à prouver, par des décisions chiffrées et des résultats vérifiables, que l’on est capable de les résoudre.
Fait à Dakar, le 25 Octobre 2026
Le Réseau des Cadres de SÉNÉGAL BI NU BOOK













