Dakar retient son souffle. Dans l’hémicycle, la loi de finances rectificative attend son verdict, comme un thiéboudiène qui mijote : chacun en veut sa part, nul ne veut laver la marmite. Mais si les députés, d’un geste ferme, disaient non ? La Constitution, prévoyante comme une grand-mère sénégalaise, a gardé quelques ingrédients en réserve pour que le repas ne soit jamais perdu.
Première hypothèse : le pari de la responsabilité.
L’article 86, alinéa 6, offre au gouvernement une arme redoutable : engager sa responsabilité sur le projet de loi de finances. Le Premier ministre ne plaide plus, il mise son fauteuil. Le texte est alors réputé adopté, à moins que les députés n’osent renverser l’équipe en place. Le dilemme devient cornélien : sanctionner la loi, c’est sanctionner le gouvernement, et l’on renverse rarement la maison où l’on habite encore.
Seconde hypothèse : l’ultime recours.
Si la tempête s’aggrave, l’article 52 attend dans l’ombre, tel un gardien de nuit. Il confère au Président de la République des pouvoirs exceptionnels lorsque les institutions sont gravement menacées et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est interrompu. Un blocage budgétaire prolongé, des salaires en péril, des chantiers à l’arrêt : le scénario deviendrait alors plausible. Mais cette arme est de celles que l’on brandit sans jamais vouloir s’en servir. Elle exige une menace réelle, non un simple caprice de calendrier.
Et le peuple dans tout cela ?
Du marché Sandaga aux ateliers de Pikine, l’on se soucie peu des alinéas. L’on veut des routes, des écoles, du courant et un panier de la ménagère moins lourd. Le Sénégal, pays de la téranga, est aussi celui du « goorgoorlou », cet art de se débrouiller. Il sait qu’aucun pouvoir ne gouverne durablement contre la lassitude de ses citoyens.
Le dernier mot
Au fond, ces deux articles rappellent une vérité simple : en démocratie, le compromis vaut mieux que le bras de fer. Majorité et exécutif ont tout intérêt à s’entendre avant que la Constitution ne tranche à leur place. La LFR n’est pas une bataille à gagner, mais une marmite à partager.












