En demandant le renvoi de la loi de finances rectificative en commission, le gouvernement a voulu gagner du temps. Il risque d’y perdre bien davantage : de la crédibilité, et des semaines que le Sénégal n’a pas.
Le temps est la monnaie la plus rare d’un État sous surveillance. L’accord technique avec le FMI, soit 2,2 milliards de dollars sur 2026-2029, attend encore l’aval de son conseil d’administration. Or les bailleurs aiment la stabilité comme le pêcheur aime la mer calme : elle rassure et elle remplit les pirogues. Un exécutif qui retourne négocier au pied de l’Assemblée envoie un signal de fragilité. Le rappel du ministre Cheikh Diba sur le respect des règles n’y change rien. Avouer qu’on a besoin d’une seconde chance, c’est déjà battre en retraite.
Et si la commission des finances dit de nouveau non ? Trois portes s’ouvrent, aucune de plain-pied.
La première est l’article 86, alinéa 6 de la Constitution. Le Premier ministre engage la responsabilité du gouvernement sur le texte. Si aucune motion de censure n’est déposée dans les 24 heures, la loi est réputée adoptée, sans vote ni débat. C’est un quitte ou double : le Pastef peut déposer cette motion et renverser l’équipe en place, ce qui ferait vaciller l’accord avec le FMI.
La seconde est l’article 52. Il confère au président de la République des pouvoirs exceptionnels, mais seulement si les institutions sont menacées de manière grave et immédiate et que les pouvoirs publics ne fonctionnent plus. Un désaccord budgétaire suffit-il ? Rien n’est moins sûr. Et les marchés y verraient un feu rouge plutôt qu’un feu vert.
Reste la question que chacun murmure : que gagne le parlement à bloquer ? Une victoire de principe, sans doute, sur la séparation des pouvoirs, l’encadrement des fonds spéciaux et le train de vie de l’État. Ces causes sont légitimes. Mais un rapport de force n’est un triomphe que s’il ne laisse pas le terrain en cendres. Avec une dette proche de 130 % du PIB, on ne négocie pas à coups de communiqués.
Et le peuple dans tout cela ? Il regarde le combat en comptant ses billets. Selon le proverbe, quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. Ici, l’herbe a un visage : celui de la ménagère au marché.









