Cheikh Oumar ANNE, ancien Ministre de l’Enseignement, de la Recherche et de l’Innovation informe de sa décision de ne pas déférer à l’invitation du vendredi 16 octobre 2026, de la Commission d’enquête parlementaire sur le programme «Un étudiant, un ordinateur» et dénonce un « procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République ». Dans une correspondance, il appelle les députés à faire la lumière sur d’autres sujets dont le présumé scandale du fonds JAMM pour la paix en Casamance (1,7 milliard de francs CFA) ou encore l’affaire ASER.
COMMUNIQUE
HONORABLE CHEIKH OUMAR ANNE
Député à l’Assemblée nationale
Maire de la Commune de Ndioum
Ancien Ministre de la République du Sénégal
Dakar, le 12 Octobre 2026
À
Monsieur le président de la Commission d’enquête parlementaire sur le programme «Un étudiant, un ordinateur»
Objet : Décision de ne pas déférer à votre invitation du vendredi 16 octobre 2026
Monsieur le président de la Commission,
Suite à votre lettre d’invitation dans le cadre des travaux de la Commission d’enquête parlementaire sur le programme «Un étudiant, un ordinateur», j’ai décidé de ne pas y répondre, pour des raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité, mais également de respect des institutions.
1. Une exigence de légitimité et de respect des institutions
Le respect des institutions ne peut être à géométrie variable : il exige à tout le monde : exemplarité, rigueur et responsabilité.
2. La décence républicaine et le respect de l’hémicycle
En 2022, un membre de cette Commission s’était singularisé de triste et vile manière : Il était monté sur les tables de l’hémicycle et avait arraché l’urne de vote, dans une attitude de violence, devant le peuple sénégalais, désacralisant la fonction parlementaire. L’Assemblée nationale n’est pas un ring : elle est le sanctuaire de la représentation populaire et du débat contradictoire dans l’intérêt exclusif du peuple sénégalais.
De même, qualifier l’ancien Président de la République de criminel et des membres du Gouvernement de voleurs, sans preuves judiciairement établies, relève de l’ineptie. Et, vouloir aujourd’hui s’ériger en chantre de l’exemplarité républicaine, après avoir banalisé l’invective et la violence dans le débat public, c’est insulter l’intelligence des Sénégalais.
3. Une Commission d’enquête doit être impartiale et crédible
Ancien ministre (5 ans), ancien DG (12 ans), député (élu deux fois), maire depuis 12 ans, professeur d’université (1990-2026), je demeure convaincu et foncièrement attaché au contrôle parlementaire, instrument essentiel de transparence et de redevabilité. Mais, cette exigence de contrôle ne doit ni être un outil de règlement de comptes politiques ni devenir un moyen de stigmatisation sélective de ceux qui ont servi l’État sous l’administration précédente et de fort belle manière, comme le clame partout le peuple sénégalais épris de justice et de transparence. Le caractère sélectif des Commissions d’enquête est une aberration.
Oui à la transparence totale, oui à la reddition des comptes, mais non à un procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République.
4. Pour un contrôle parlementaire transparent et équitable
Si la majorité entend démontrer son attachement à la bonne gouvernance, qu’elle commence par soumettre la gestion de l’Assemblée nationale elle-même à la redevabilité. Plusieurs sujets mériteraient un examen objectif et sans complaisance, notamment :
– La publication trimestrielle des dépenses budgétaires de l’Assemblée nationale, pour informer régulièrement les citoyens ;
– Le scandale de l’acquisition des véhicules de l’Assemblée nationale, notamment les conditions de passation et d’attribution des marchés ;
– Le scandale des cinq milliards de francs CFA destinés aux soi-disant victimes des événements de 2021 à 2024 : leur mobilisation, leur affectation et leur distribution ;
– Le scandale des huit milliards de francs CFA destinés aux sinistrés de Bakel, Matam, Podor et des zones environnantes, dont l’utilisation reste opaque ;
– Le scandale des 37 milliards de francs CFA de l’affaire ASER, qui appelle un examen indépendant des responsabilités ;
– Le scandale du fonds JAMM pour la paix en Casamance (1,7 milliard de francs CFA), dont l’utilisation et les éventuels changements d’affectation par l’ancien Premier ministre doivent être clarifiés.
Cette liste n’est pas exhaustive. Une Commission d’enquête ne gagne la confiance des citoyens que si elle se montre aussi exigeante envers la majorité actuelle que ses prédécesseurs. La transparence ne se proclame pas ; elle se démontre par les actes et l’égalité de traitement.
5. Le programme «Un étudiant, un ordinateur»
Si la Commission d’enquête ne s’intéresse qu’à la vérité, elle pouvait se limiter à la documentation déjà disponible relative à ce programme, notamment la convention de partenariat et les procédures prévues, ce qui vous permettrez de comprendre les conditions dans lesquelles le programme est exécuté ainsi que les dépenses y afférentes.
Monsieur le président de la Commission,
Ma décision ne procède ni d’un refus du contrôle parlementaire ni d’une volonté de me soustraire à l’obligation de rendre compte. Elle traduit une exigence de cohérence entre les principes républicains que je défends et les conditions dans lesquelles cette démarche est entreprise. Je demeure profondément attaché aux principes républicains, à ses institutions et au droit des citoyens de connaître la vérité sur la gestion des ressources publiques.
Seulement, la République ne peut être invoquée à sens unique. Elle exige de chacun, et particulièrement de ceux qui prétendent exercer le contrôle au nom du peuple, la même rigueur, la même probité et le même respect des règles.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le président de la Commission, l’expression de ma considération républicaine.
PROFESSEUR CHEIKH OUMAR ANNE
AAG-Senegal7













