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Réforme constitutionnelle au Sénégal : la mauvaise urgence, au mauvais moment (Par Jean Aimé Juriste)

by Senegal7
6 juillet 2026
in Actualités, Politique
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Réforme constitutionnelle au Sénégal : la mauvaise urgence, au mauvais moment (Par Jean Aimé Juriste)

Analyse politique et économique

Quand les véritables leaders penseront enfin aux peuple, l’Afrique s’éveillera.

Le Sénégal traverse l’une des crises économiques les plus graves de son histoire récente, et pourtant, l’énergie politique du sommet de l’État est mobilisée par un bras de fer institutionnel autour d’une révision constitutionnelle. Si l’intelligence et les ressources déployées pour retoucher la loi fondamentale au gré des intérêts circonstanciels étaient investies dans le traitement des urgences sociales et économiques, le peuple sénégalais s’en porterait infiniment mieux.

Des Constitutions qui ne servent plus le peuple

La Constitution des États-Unis, ratifiée en 1788, soit il y a plus de 237 ans, continue de structurer l’une des plus grandes démocraties du monde sans que les nouvelles générations n’aient de mal à s’y retrouver. Le Royaume-Uni, quant à lui, fonctionne sans Constitution écrite unifiée, s’appuyant sur des pratiques coutumières acceptées par tous — sans que cela ne pose le moindre problème de stabilité.
Le drame de nos Constitutions africaines, et sénégalaises en particulier, c’est qu’elles servent des destins personnels et claniques bien plus que l’intérêt général. Elles sont taillées sur mesure pour répondre à des enjeux conjoncturels, non pour bâtir un pacte républicain durable. Voilà pourquoi, depuis des décennies, à chaque régime sa constitution. Et rien n’indique que cette dérive s’arrêtera bientôt.

Les véritables réformes durables et pertinentes, celles qui servent réellement le peuple et l’intérêt général, sont celles qui émanent de consensus forts, patiemment construits — pas celles imposées par une majorité mécanique ou arrachées à un partenaire politique fragilisé.

Le véritable problème du Sénégal : une classe politique déconnectée des urgences

Le véritable problème sénégalais, c’est le déficit d’hommes politiques humbles, consciencieux, capables de saisir à bras-le-corps les enjeux structurels du développement.

Est-il vraiment opportun d’organiser aujourd’hui un test grandeur nature de popularité entre Ousmane Sonko et le Président Bassirou Diomaye Faye, en affectant nos maigres ressources publiques à un référendum, alors même que :

▪️Le taux de chômage élargi a atteint 23,3 % au quatrième trimestre 2025, son plus haut niveau depuis 2022, en hausse de 3,3 points sur un an ;

▪️Le chômage des jeunes atteint 27,4 %, et grimpe à 29,2 % en milieu rural ;

▪️Les petits commerces s’effondrent, la consommation des ménages recule, et la cherté de la vie étrangle les foyers modestes.

Le vertige de la dette : deux (02) ans qui ont fait basculer (12) ans d’efforts

Il est nécessaire de rappeler des chiffres que beaucoup préfèrent ignorer. Depuis 2024, le Sénégal a été plongé dans une impasse budgétaire historique  :

▪️Selon le rapport Mazars, commandité par le gouvernement lui-même et livré en juin 2025, le ratio dette/PIB serait établi à 123 % fin Décembre 2024 — un niveau jamais atteint dans l’histoire du pays ;

▪️A cause de cette histoire de dette « cachée » d’environ 7 milliards de dollars (près de 4 250 milliards FCFA) accumulée entre 2019 et 2024, on a assisté à la suspension d’un programme avec le FMI de 1,8 milliard de dollars ,

▪️En 2026, le Sénégal devra rembourser 1190 millards FCFA au titre du service, avec un déficit budgétaire projeté à 5,37 % du PIB, soit 1 245 milliards FCFA.

En clair : les deux (02) année récentes d’endettement du nouveau régime dépassent, en volume, ce que l’Etat avait contracté en douze (12) ans — avec, à l’époque, au moins des réalisations palpables (infrastructures, autoroutes, TER, BRT, universités, hôpitaux) mises en face.

Aujourd’hui, à quels investissements structurants adosser cette envolée de la dette ? Aux multiples « plans alpha et oméga » d’un leadership qui affiche chaque jour davantage sa carence de génie bâtisseur ?

Situer les responsabilités, adresser les vraies priorités

À l’heure où ces lignes sont écrites, plus de 2 700 migrants ont été interceptés sur les routes clandestines rien qu’en 2025, avec 44 tentatives de départs déjouées. Une ONG estime à près de 10 000 le nombre de morts et disparus en mer entre 2023 et 2025 sur la route atlantique.

Rien qu’en avril et mai 2026, plusieurs centaines de candidats à l’exil ont été secourus au large de Dakar et de Saint-Louis.

Mais c’est là le cadet des soucis d’une classe dirigeante dont le viseur reste politique, et qui continue d’instrumentaliser une jeunesse utilisée comme chair à canon électorale, faute de perspectives économiques crédibles.

Filets sociaux : le désastre silencieux

Et que dire des filets sociaux ? Le Programme National de Bourses de Sécurité Familiale (PNBSF) et la Couverture Maladie Universelle (CMU) — piliers de la protection des ménages les plus vulnérables — ont été fragilisés.

Pour 2026, seuls 35 milliards FCFA sont prévus pour les bourses familiales et 32,2 milliards pour la CMU — des enveloppes en-deçà des besoins réels, alors que la pauvreté progresse et que la classe moyenne s’appauvrit

Le gouvernement Sonko a laissé ces dispositifs s’affaisser. Heureusement, le Président Diomaye Faye semble aujourd’hui prendre ses responsabilités et remettre la protection sociale au cœur de l’agenda.

Le pragmatisme contre les slogans

La politique est une noble activité — à condition qu’au-delà des ambitions individuelles, elle serve la communauté et allège la souffrance du voisin., par le pragmatisme, non par des discours qui s’effondrent dès qu’ils sont mis à l’épreuve des faits.

Le Sénégal n’a pas besoin d’une énième Constitution taillée pour un rapport de force interne au sommet de l’exécutif. Il a besoin d’emplois, de pouvoir d’achat, de sécurité alimentaire, d’un remboursement
soutenable de sa dette, et d’un projet de nation partagé.

Le peuple n’attendra plus.

Tags: Réforme
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