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Réintégration de SONKO à l’AN : Babacar Ba écrit au Président Diomaye FAYE

by Abdou Aziz Gueye
29 mai 2026
in Actualités, Actualités au Sénégal, Justice, Politique, Uncategorized
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Réintégration de SONKO à l’AN : Babacar Ba écrit au Président Diomaye FAYE

Babacar Gaye, leader de Mankoo MUCC, a adressé une lettre ouverte au Président Bassirou Diomaye Faye, Président de la République sur la séquence institutionnelle qu’il juge particulièrement préoccupante : modification du code électoral, réintégration d’Ousmane SONKO à l’Assemblée nationale.

Lettre ouverte à SEM Bassirou Diomaye Faye, Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Je vous écris avec gravité. Non par goût de la polémique, encore moins par posture partisane, mais parce qu’il arrive des moments dans la vie d’une Nation où le silence devient une forme de renoncement.

Depuis plusieurs semaines, notre pays traverse une séquence institutionnelle particulièrement préoccupante. Les modifications unilatérales des articles L29 et L30 du Code électoral par la majorité parlementaire de Pastef ont ouvert une brèche profonde dans notre édifice juridique et républicain. Ces changements, intervenus en parfaite contradiction avec l’esprit même des avant-projets de réforme portés par la Présidence de la République et en attente de discussions avec les forces vives de la Nation, soulèvent de sérieuses interrogations constitutionnelles démocratiques et d’ordre éthique.

Plus grave encore, l’absence de botre réaction face à ces dérives alimente dans l’opinion un sentiment d’abandon et de désorientation.

Monsieur le Président de la République,

La Constitution du Sénégal ne fait pas de vous un arbitre passif des désordres institutionnels. Elle vous confère une mission supérieure : celle de gardien de la Constitution, garant du fonctionnement régulier des institutions et protecteur de l’État de droit.

Or aujourd’hui, beaucoup de Sénégalais ont le sentiment que cette responsabilité essentielle est laissée en jachère.

L’affaire de l’intégration illégale de M. Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale a renforcé ce malaise. Après son limogeage de la Primature, son retour au Parlement, dans des conditions largement contestées au regard des lois organiques en vigueur, aurait dû conduire naturellement à une clarification institutionnelle. Une saisine du Conseil constitutionnel aurait permis, faute de constater la déchéance d’un mandat non acquis, de lever les ambiguïtés, d’apaiser les tensions et de sécuriser juridiquement les décisions qu’il vous aurait plu de prendre en totale assumation de vos devoirs constitutionnels.

Mais là encore, le silence et l’inaction ont prévalu.

Ce silence inquiète.

Il inquiète parce qu’il donne l’impression que la légalité devient variable selon les rapports de force politiques.

Il inquiète parce qu’il fragilise la crédibilité des institutions.

Il inquiète parce qu’il banalise des précédents dont demain d’autres pourraient se servir contre la République elle-même.

Mais au-delà même des controverses juridiques du moment, le danger principal est ailleurs : le Sénégal commence à donner les signes d’une lente désagrégation institutionnelle.

Lorsqu’une Assemblée nationale piétine des règles fondamentales dans un charivari indescriptible et en contradiction flagrante avec les principes constitutionnels.

Lorsque le Chef de l’Exécutif hésite à exercer ses prérogatives d’action, de contrôle et d’arbitrage ;

Lorsque le Conseil constitutionnel est volontairement tenu à l’écart des grandes controverses institutionnelles ; alors qu’une toute petite saisine, même sans cause, aurait pu peser sur la conscience des juges et leur rappeler ce rôle de régulation qui a permis votre élargissement, la tenue du scrutin et votre élection ;

Lorsque les lois organiques deviennent interprétables selon les intérêts politiques d’un parti, fut-il le vôtre ;

Alors, ce ne sont plus seulement des textes qui vacillent : ce sont les fondations mêmes de l’État qui commencent à se fissurer.

Qui plus est, après de telles dérives, le “Prophète” accueilli à Medine…oups, au son de “Tala Al Badru Alayna” par ses députés, exige de Vous, des portefeuilles ministériels de son choix, avec des menaces à peine voilées. Dans quel pays sommes-nous ?

Monsieur le Président de la République

L’Histoire des nations enseigne que les institutions ne meurent jamais brutalement. Elles se désagrègent progressivement : par les renoncements successifs, les précédents dangereux, les accommodements politiques et l’effacement progressif des garde-fous républicains.

C’est précisément ce risque qui menace aujourd’hui le Sénégal.

Une démocratie peut survivre à une crise politique.

Une démocratie peut résister à des tensions sociales.

Mais une démocratie survit difficilement lorsque les citoyens cessent de croire à l’impartialité des règles, à l’autorité des institutions et à la permanence du droit.

À terme, cette perte de confiance peut entraîner une délégitimation progressive des institutions républicaines. une radicalisation du débat politique, une montée des frustrations sociales, un affaiblissement de l’autorité de l’État, et une confrontation permanente entre légalité juridique et légitimité politique.

Dans un tel scénario, l’histoire nous enseigne que des forces incontrôlées s’incrustent dans les failles de l’Etat et contrôlent les leviers du pouvoir, au grand dam des démocrates.

Aucune nation n’est durablement stable lorsque les institutions cessent d’être respectées comme arbitres suprêmes de la vie collective.

Monsieur le Président de la République,

Le Sénégal a longtemps été respecté en Afrique pour sa tradition républicaine, sa culture du dialogue et la relative solidité de ses institutions. Ce capital historique ne doit pas être dilapidé dans des calculs tactiques ou des silences de circonstance.

Le défi est immense. Nous en sommes conscients. Mais, dans les périodes de fragilité institutionnelle, l’inaction du garant de la Constitution finit toujours par être interprétée comme une validation implicite des dérives.

Ces derniers, j’ai envisagé de me retirer du débat public, tant l’atrophie de l’opposition et la résignation d’une partie du peuple pouvaient donner le sentiment d’un combat devenu inutile. Mais partout, des compatriotes m’interpellent. Ils demandent que des voix continuent d’alerter, de questionner et de défendre les principes fondamentaux de la République.

Je refuse donc de me taire. Or donc, je parle.

Non contre des hommes. Non contre un camp. Mais pour le Sénégal que j’aime du fond de mon cœur meurtri, et au service duquel j’appelle à la constitution d’un Front Républicain.

Le moment exige du courage, cette vertu qui fait la réputation des Sérères du Jégem et du Jobaas face aux soldats français, ainsi que celle du Roi du Sine, Salmone Faye qui tenait en horreur la paresse, la couardise et la tricherie.

Le moment exige de la hauteur d’État et une fidélité sans ambiguïté à l’esprit de notre Constitution.

L’Histoire jugera sévèrement ceux qui auront laissé les institutions se fragiliser par boulimie du pouvoir, faiblesse ou silence injustifié.

Le peuple sénégalais attend de son Président qu’il protège la République avant de s’intéresser aux intérêts partisans, qu’il fasse respecter la loi avant les arrangements politiques et qu’il incarne l’autorité morale de l’État lorsque les désires d’un illuminé menacent l’intérêt national.

Il est encore temps d’éviter au Sénégal une dangereuse désagrégation de ses institutions. Levez-vous et tirez les rideaux de la fin de ce spectacle de mauvais goût.

Je vous appelle solennellement à assumer pleinement votre rôle constitutionnel. Des milliers de Sénégalais sont prêts à vous accompagner dans cette tâche.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à l’expression de ma haute considération républicaine.

Babacar Gaye
Leader de Mankoo MUCC

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Abdou Aziz Gueye

Abdou Aziz Gueye est un journaliste qui, à travers son métier de journalisme se bat pour un monde juste. Passionné, il part toujours à la recherche des faits pour permettre à ces concitoyens de s’informer afin qu’ils puissent prendre leurs responsabilités. Le journaliste est aussi un vrai amoureux de la lecture, de l’art, du sport…Il excelle aussi dans le monde de la communication pour mieux répondre aux attentes des populations .

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