Ainsi donc, à peine les lambris du pouvoir effleurés, l’ancien Premier ministre se serait découvert une vocation de généalogiste électoral. On le dit occupé, ces temps-ci, à dresser l’inventaire de ses fidèles — un exercice que d’aucuns qualifieraient de prudence stratégique, et que d’autres, plus taquins, appelleraient simplement compter ses billes avant que quelqu’un d’autre ne les ramasse.
Car voilà le hic, aussi discret qu’un éléphant dans un salon feutré : rien, absolument rien, ne garantit à Ousmane Sonko que son successeur à la primature n’ait pas, lui aussi, quelques idées sur la répartition des postes. Ces fameux corps de contrôle, ces structures naguère choyées par les siens, pourraient bien changer de mains sans qu’on ait eu la courtoisie de le prévenir par SMS. On appelle cela, en langage diplomatique, une « recomposition naturelle ». En langage de cour d’école, cela s’appelle plutôt piquer les jouets pendant que le copain a le dos tourné.
Mais l’affaire la plus savoureuse — et l’on pèse ici chaque mot avec la délicatesse d’un pâtissier dosant son sucre — concerne l’hypothèse même d’une candidature en 2029. Car enfin, entre l’homme et les urnes, se dressent quelques dossiers judiciaires dont on ne sait plus très bien s’ils dorment, somnolent, ou attendent simplement l’heure du réveil qui arrangerait le mieux tout le monde, sauf lui. Rien d’affirmé, cela va sans dire : on se contentera de noter, avec toute la neutralité requise, que la justice a parfois un sens de la chronologie qui coïncide étrangement avec le calendrier électoral.
Ainsi Sonko passerait-il ses journées à recruter une armée dont il n’est pas certain de rester le général, en vue d’une bataille à laquelle il n’est pas certain d’être convié. Il y a dans ce spectacle quelque chose de shakespearien, en plus ensoleillé et en moins de vers alexandrins : le stratège qui polit ses armes pendant qu’on lui prépare, quelque part dans les coulisses, une convocation plutôt qu’une carte d’électeur.
Les locales et les législatives de 2027 serviront donc de répétition générale — étrange mot, « générale », pour une pièce dont on ignore si l’acteur principal aura seulement le droit de monter sur scène. En attendant le verdict des tribunaux et celui, plus impitoyable encore, de ses propres alliés, l’homme fort d’hier avance en terrain miné avec l’assurance de qui n’a pas vu la pancarte. On lui souhaite, pour la suite, au moins autant de chance que de troupes.
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