Le gouvernement propose, l’Assemblée refuse. Dakar assiste à un duel où les chiffres servent d’armes et la parole de bouclier. Mais dans cette querelle de comptables et de tribuns, qui dit vraiment le vrai ?
C’est en temps de paix qu’on prépare la guerre. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, ne voulant pas voter la LFR du gouvernement, a devancé la rumeur et épousé d’avance l’humeur de la masse. Il a plaidé sa cause à coups de chiffres, discutables certes, mais qui ont au moins le mérite d’exister. Dans un pays où l’on se bat souvent à mains nues contre le flou, ce n’est pas un détail.
Fort de cette posture, il a même tendu la perche : un débat télévisé face au Premier ministre. Al Amine Lo la déclinera probablement. Il a choisi un autre terrain, celui de la presse, où les questions fusent et où l’on ne ferme pas la porte au contradicteur. À la différence de Sonko, les journalistes pourront l’interroger. Ce détail en dit long sur le rapport de chacun à la transparence.
Les deux hommes ne boxent pas dans la même catégorie. Sonko est un as de la prise de parole publique, sans égal dans le Landerneau politique, un tribun qui sait faire vibrer la place comme on accorde un tama. Al Amine Lo, lui, règne sur les chiffres. Artisan de la Vision Sénégal 2050, il connaît le Projet mieux que celui qui l’a incarné politiquement. L’un tient l’estrade, l’autre le tableur.
Derrière ces deux sorties se cache une même ambition : dire la vérité aux Sénégalais, ou plutôt « sa » vérité. Chacun avance avec ses armes, ses arguments et ses silences. La LFR n’est plus seulement un texte budgétaire. Elle devient le miroir d’un pouvoir qui se parle à lui-même devant un peuple spectateur.
Seulement, il ne peut y avoir qu’une seule vérité. Au bout de ce bras de fer, ce n’est ni la voix la plus forte ni la colonne de chiffres la plus longue qui l’emportera, mais celle que les Sénégalais pourront vérifier. Et, à Dakar, on sait que le thiéboudieune ne ment jamais sur le prix du riz.












