La ministre de la Pêche et de l’Économie maritime a voulu, à quelques encablures du Grand Magal, se donner un visage bienveillant auprès des fidèles de Touba. L’intention était louable : rassurer la cité religieuse sur l’approvisionnement en poisson, denrée aussi essentielle que le riz au menu des pèlerins. Mais c’est peu dire que l’opération séduction s’est muée en séance de grammaire punitive, filmée, commentée, et déjà solidement installée dans les archives du bad buzz national.
Car voilà : gouverner, c’est aussi parler. Et parler, en français comme en toute langue vivante, suppose de savoir accorder ses mots avant d’accorder ses violons. Le genre grammatical, cette convention aussi vieille que la langue de Molière, s’est révélé un adversaire coriace pour l’autorité en charge des filets et des chalutiers. Le masculin et le féminin se sont télescopés dans une syntaxe improvisée, sous l’œil mi-amusé mi-consterné d’une assistance venue pour parler poisson et repartie avec un cas d’école linguistique.
On pourrait, par charité républicaine, arguer que la compétence technique prime sur l’élégance oratoire, que gérer un ministère ne se résume pas à réciter du Voltaire. L’argument tiendrait, si l’exercice du pouvoir ne passait pas, précisément, par la parole publique — cet instrument sans lequel aucune autorité ne se construit ni ne se maintient. Un ministre qui trébuche sur ses accords, c’est un message qui trébuche sur son destinataire, et une crédibilité qui, elle, ne pardonne aucune faute de frappe.
La toile, fidèle à elle-même, n’a pas fait dans la nuance. Captures d’écran, montages et private jokes ont proliféré plus vite qu’un banc de sardines fuyant un chalutier. L’humour sénégalais, redoutable d’efficacité, a transformé une sortie institutionnelle en mème national — la pêche, décidément, n’aura jamais autant nourri les internautes qu’en cette semaine-là, sans qu’un seul thiof n’ait changé de mains.
Reste une question, plus sérieuse qu’elle n’y paraît sous les rires : qui prépare — ou ne prépare pas — ces sorties publiques ? Car au-delà de la petite musique moqueuse, c’est bien la fabrique de la communication gouvernementale qui est ici interrogée. À l’approche du Magal, on attendait des chiffres sur le poisson à Touba. On a eu, en prime, une leçon gratuite : en politique comme en grammaire, le genre ne s’improvise pas.
Senegal7











