Le Conseil constitutionnel a tranché. Dans une décision rendue publique ce mardi et dont Emedia a obtenu l’exclusivité, la haute juridiction a déclaré irrecevable la proposition de loi visant à encadrer les fonds spéciaux, portée par les députés de Pastef. Un texte qui devait, selon ses initiateurs, introduire davantage de transparence dans la gestion de ces enveloppes réputées discrètes — pour ne pas dire hermétiques.
Le couperet est tombé sans détour. Les Sages de la rue Calmette n’ont pas jugé nécessaire de s’attarder sur le fond du texte, se contentant d’en écarter la recevabilité. Les motivations complètes de la décision ne sont pas encore connues, mais elles sont attendues avec une impatience non dissimulée du côté de Pastef, dont les cadres n’ont jamais caché leur allergie chronique aux décisions du Conseil qui ne vont pas dans leur sens.
Car le scénario est désormais bien rodé. À chaque déconvenue judiciaire, la garde rapprochée d’Ousmane Sonko dégaine la même artillerie rhétorique : mise en cause de l’indépendance de l’institution, soupçons d’instrumentalisation, et procès en légitimité. Nul doute que les prochaines heures verront fleurir communiqués et sorties enflammées, en attendant — précisément — de lire noir sur blanc les motivations que l’on s’apprête déjà à contester.
Au-delà de l’épisode judiciaire, c’est bien une bataille de pouvoir qui se dessine en filigrane. En cherchant à encadrer les fonds spéciaux, Pastef visait un levier stratégique de l’exécutif, ces ressources échappant traditionnellement au contrôle parlementaire classique. Le message envoyé au président Bassirou Diomaye Faye ne pouvait guère être plus limpide : son ancien mentor devenu Premier ministre est prêt, le cas échéant, à rogner les moyens d’action de la présidence.
Un signal que le chef de l’État a, selon toute vraisemblance, parfaitement reçu. Reste à savoir quand et comment il choisira d’y répondre. Si riposte il y a — et les observateurs de la scène politique sénégalaise s’accordent à dire qu’elle est désormais une question de temps plus que d’hypothèse — elle promet d’être calculée avec le plus grand soin, l’objectif affiché n’étant plus seulement de neutraliser une initiative parlementaire, mais de verrouiller durablement toute marge de manœuvre politique pour son auteur.
En attendant, la balle reste dans le camp de Pastef, sommé de digérer un revers qui s’ajoute à une liste déjà fournie de frictions avec les institutions. Le feuilleton, lui, ne fait visiblement que commencer.













