Dans le Djolof, on sait qu’un bon maître de daara ne hausse jamais le ton : il murmure, et tout le village entend. Aly Ngouille Ndiaye a retenu la leçon. Ingénieur de formation, il construit ses phrases comme des ponts : solides, prudents, et capables de supporter les deux rives.
Voyez son discours du moment. Pastef ? Critiqué, certes, mais du bout des lèvres, comme on goûte un thieb trop pimenté. Sonko ? Ménagé, presque épargné : on ne jette pas de pierre dans le puits où l’on pourrait avoir soif demain. Le politiquement correct n’est plus chez lui une posture, c’est une liturgie. Il prêche la paix à tous les fidèles, en espérant que l’un d’eux lui prête une mosquée.
Car l’imam cherche sa mosquée, c’est connu. À Linguère, il affirme désormais « avoir fait son temps » à la mairie. Joli sens de la formule. Faut-il y lire un simple adieu ? Ou le geste d’un homme qui balaie la cour avant l’arrivée d’un invité de marque ? Rappelons que si El Malick Ndiaye siège aujourd’hui à l’Assemblée, c’est en partie parce qu’Aly Ngouille a choisi de ne pas se présenter aux dernières législatives. Un homme qui s’efface une fois, c’est de la modestie. Deux fois, c’est de la méthode.
Les indices sont là, semés comme les cailloux du Petit Poucet dans le sable du Ferlo. Libre à chacun de fermer les yeux, mais le sable, lui, garde les traces.
Reste une question : l’imam retrouvera-t-il son minbar ? Dans le Djolof, on dit que la patience est une prière. Aly Ngouille, lui, semble l’avoir apprise par cœur.













