Dans l’art de la riposte, il y a ceux qui répondent et ceux qui renvoient l’expéditeur. Aminata Touré a choisi la seconde école : elle ne dit pas non aux comptes, elle dit « pas par ce guichet ».
Rappelons la séquence. Ousmane Sonko, que l’on pressait d’enquêter sur le fonds Jamm, a ouvert le robinet des fonds spéciaux de la Primature, du CESE et du HCCT, sur la période 2012 à 2026 (le 2021 entendu dans le discours n’était qu’un lapsus). Une manière élégante de transformer une question en réponse, et une réponse en tribune.
La réplique de l’ancienne Première ministre tient en une idée simple : la vérification financière est un métier, pas un slogan. La Cour des comptes et l’Inspection générale d’État en détiennent les clés juridiques et techniques, et les députés, aussi légitimes soient-ils, n’ont ni le mandat ni la boîte à outils. Que tous les dossiers, sans oublier le fonds Jaam de la Casamance, leur soient donc transmis. Le fonds de la paix, on le voit, s’invite dans la querelle sans changer de nom.
Tout le sel est dans la nuance. Mme Touré ne plaide pas contre la transparence, elle plaide pour son bon usage : celle qui s’exerce dans les règles, avec des juges des comptes plutôt que des juges de l’applaudimètre. Elle y ajoute une pointe d’invisible : le souci de ne pas confondre rendre des comptes et rendre compte à la galerie.
Reste à savoir qui, des deux, tient la meilleure partition. Les commissions d’enquête ont pour elles la visibilité, et le calendrier de décembre comme les autorisations nécessaires du chef de l’État pour obstacle. Les corps de contrôle ont pour eux la compétence, et contre eux cette réputation tenace de lenteur discrète.
Dans ce match entre l’enquête qui cherche la lumière et le contrôle qui cherche la rigueur, une certitude : chacun veut que l’autre commence. Et si, pour une fois, on s’y mettait ensemble ?













