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Amnesty épingle le régime d’Ould Abdel Aziz, «43 000 personnes sont réduites en esclavage»

by Assane Seye
23 mars 2018
in Afrique, International
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Mort du pêcheur sénégalais:La Mauritanie invoque l’excuse de provocation

Expulsée de Nouakchott, c’est finalement à Dakar que l’équipe d’Amnesty a lancé son rapport sur la situation des droits humains, en Mauritanie.

Alioune Tine et ses collaborateurs dénoncent la persistance de l’esclavage, pourtant érigé au rang de crime contre l’humanité par la justice internationale, au pays de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Interdit d’accès en Mauritanie pour le lancement de son rapport sur la situation des droits humains, c’est depuis Dakar qu’Alioune Tine, directeur d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre a condamné les pratiques du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz à Dakar. En marge du lancement dudit rapport, hier, il a qualifié ce dernier de «violeur des pactes internationaux qui régissent les pays du monde». Après le Sénégal, Amnesty épingle ainsi la Mauritanie dont le régime est accusé d’être peu respectueux des droits de l’homme. Alioune Tine et ses camarades pointent différentes pratiques qu’ils estiment être en déphasage avec les normes internationales sur les droits humains. Il s’agit de la persistance de l’esclavage et de la discrimination, la restriction concernant des rassemblements pacifiques et des associations, des arrestations arbitraires et des campagnes de dénigrement. «Nous ne pouvons plus accéder à la Mauritanie. Le 20 septembre 2017, notre équipe a été retenue à l’aéroport et expulsée du territoire mauritanien. Cela nous donne de très mauvais souvenirs de ces années de braise de 1990, lors du règne de Mohamed Ould Taya», dénonce Alioune Tine.

Il poursuit que depuis la réélection du président Abdel Aziz Mohamed Ould en juin 2014 jusqu’en janvier 2018, les autorités mauritaniennes déploient tout un arsenal de mesures répressives à l’encontre des défenseurs des droits humains qui dénoncent ouvertement l’esclavage et les discriminations en Mauritanie. «Les autorités mauritaniennes persistent à nier l’existence de l’esclavage et de la discrimination. Elles répriment les défenseurs des droits humains qui contestent ce discours. Nous avons noté une situation de perversion absolue, d’opposition à l’Etat de droit, de corruption de l’Etat des droits humains et de corruption de la démocratie», dit-il. Selon Alioune Tine, l’esclavage a été officiellement aboli en 1981. Il a été érigé et reconnu comme infraction en 2007 et promu au rang de crime contre l’humanité en 2012. Mais cette pratique, regrette-t-il, est d’actualité en Mauritanie. «Notre rapport montre que les lois qui érigent en infraction l’esclavage n’ont pas été mises en œuvre ni appliquées de manière adéquate. Cela arrive à un moment où nommer quelque chose devient un danger pour ceux qui le font. C’est ce qui est arrivé aux militants et aux défenseurs des droits humains en Mauritanie qui osent dénoncer l’esclavage», informe l’ancien président de la Raddho. Avant d’ajouter : «Ces mesures répressives prennent diverses formes. Il y a l’interdiction des organisations des défenseurs des droits humains, arrestations arbitraires, tortures, campagnes de diffamations, agressions ou encore menace de mort».

FRANÇOIS PATUEL, CHERCHEUR EN AFRIQUE DE L’OUEST ET CENTRE POUR AMNESTY

«43 000 personnes sont réduites en esclavage»

Pour sa part, François Patuel, chercheur en Afrique de l’Ouest et Centre pour Amnesty international informe que depuis 2014, leurs équipes ont effectué trois longues missions, en Mauritanie, notamment à Nouakchott. Et que les informations qui ont été recueillies montrent que ce pays continue de s’adonner à ces pratiques considérées comme un crime depuis longtemps. «D’après les estimations d’organisations internationales anti-esclavagistes, jusqu’à 43 000 personnes étaient réduites en esclavage en Mauritanie en 2016, soit environ 1 % de la population totale. Cette année encore, des blogueurs, des défenseurs des droits humains et d’autres détracteurs du gouvernement ont été la cible d’actes d’intimidation et d’agressions de la part des forces de sécurité», déplore-t-il. Il poursuit : «Des militants anti-esclavagistes ont été placés en détention, certains étaient des prisonniers d’opinion. Abdallahi Abdou Diop a été libéré en janvier après avoir purgé une peine de 6 mois de prison. Abdallahi Maatalla Seck et Moussa Biram étaient toujours détenus à la prison de Bir Moghreïn, à plus de 1 000 km de leur domicile, depuis juillet 2016. Ces trois prisonniers d’opinion avaient été condamnés pour divers chefs d’accusation, dont participation à une manifestation non autorisée et appartenance à une organisation non reconnue».

A en croire François Patuel, en avril 2017, les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène et des matraques pour disperser une manifestation pacifique organisée à Nouakchott, la capitale, par des associations de jeunes qui demandaient l’adoption de politiques de lutte contre le chômage et de soutien à la jeunesse. «Au moins 26 personnes ont été arrêtées. La plupart d’entre elles ont été libérées le jour même, mais 10 ont été maintenues en détention pendant quatre jours et inculpées de participation à un rassemblement non autorisé. Une manifestante a été condamnée à trois mois de prison avec sursis par un tribunal de Nouakchott, mais ce jugement a été annulé en appel. Les autres personnes ont été relaxées», laisse-t-il entendre. Avant d’ajouter : «Le 23 avril, 7 personnes, dont quatre étrangers et deux mineurs, ont été arrêtées par la police après avoir assisté à un service religieux à Nouakchott. L’une d’entre elles a été libérée sans inculpation au bout de trois jours ; les autres ont été inculpées d’appartenance à une organisation non reconnue et relâchées six jours plus tard».

Walf avec senegal7

Tags: Ould Abdel Aziz
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