Il y a des communiqués qui informent, et il y a des communiqués qui font la leçon. Celui publié ce vendredi par le Bureau de l’Assemblée nationale appartient résolument à la seconde catégorie, avec la componction d’un censeur d’internat reprenant un élève sur la conjugaison du subjonctif. Rappel des faits, le Premier ministre avait, le 24 août, signalé sa disponibilité pour présenter sa Déclaration de politique générale le 1er septembre à 9 heures. Le lendemain, le Président de la République convoquait l’Assemblée en session extraordinaire à partir de 10 heures, même jour, sans toutefois fixer de date précise pour la DPG elle-même. Un détail, dira-t-on. L’Assemblée, elle, en a fait un traité de droit constitutionnel.
Le Bureau égrène ses trois points avec la gourmandise d’un correcteur qui a enfin trouvé sa faute d’orthographe. D’abord, sur la session extraordinaire, tout va bien, le décret présidentiel est dans les clous. Ensuite, sur la date de la DPG, patatras, le règlement intérieur exige un préavis de huit jours, une prérogative présidentielle et non gouvernementale, et ce délai ne court qu’à partir de l’ouverture de la session, soit le 1er septembre. Traduction en langage courant, la Déclaration ne pourra techniquement pas se tenir avant la mi-septembre, quoi qu’en pense le Premier ministre. Enfin, la journée inaugurale sera consacrée au constat du quorum, rien de plus, la vraie décision revenant ensuite à une Conférence des Présidents convoquée en temps voulu.
Sur le papier, l’argument juridique tient, une institution qui rappelle la loi n’a en soi rien de scandaleux. Mais le calendrier, lui, raconte une autre histoire, celle d’un hémicycle qui négocie chaque virgule comme on négocierait un armistice, quand l’exécutif ne demande qu’à parler devant les Sénégalais de sa politique. Que Pastef y voie une manière élégante de gagner du temps, le temps que d’autres acteurs, internationaux ceux-là, s’expriment les premiers sur la situation du pays, avant de brandir ensuite une motion de censure toute prête, relève évidemment de la spéculation. Mais l’hypothèse a le mérite de coller au tempo, un communiqué très étoffé pour dire, en substance, pas si vite.
L’exécutif, de son côté, ne devrait pas se laisser dicter le rythme par des arguties de calendrier, il constatera l’incident de procédure et poursuivra son chemin. Reste une question qui vaut son pesant de suspense institutionnel, cette législature verra-t-elle un jour Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo prononcer sa Déclaration de politique générale, ou l’Assemblée compte-t-elle décidément fixer la date le jour du Jugement dernier.














