Il fallait s’y attendre : à force de scruter les chiffres sénégalais comme on fouille un tiroir fermé à clé, Moody’s a fini par abaisser, ce vendredi 28 août, la note souveraine du pays de Caa1 à Caa2, assortie d’une perspective négative digne d’un bulletin scolaire qu’on cache à ses parents. Un timing d’orfèvre, puisque la sanction tombe pile au moment où une mission du Fonds monétaire international foule le sol dakarois, sans doute pour vérifier si les chiffres promis existent ailleurs que dans les discours.
Selon Financial Afrik, qui a le mérite de documenter ce naufrage comptable avec une rigueur que le régime peine lui-même à afficher, cette dégradation vient allonger une liste déjà fournie d’avertissements internationaux. On appréciera l’ironie : voilà un exécutif qui communique sur tout sauf sur ce qu’on lui demande, à savoir des preuves. Une dette « cachée » qu’on peine toujours à exhiber au grand jour après presque trois ans d’enquête, mille milliards de francs CFA logés on ne sait où avec la discrétion d’un secret de famille, et des denrées de première nécessité dont le prix grimpe plus vite que les explications officielles.
Au banc des accusés, Ousmane Sonko occupe la place centrale, pendant que Bassirou Diomaye Faye, en spectateur presque compréhensif, regarde son Premier ministre d’hier dérouler un récit économique que même les agences de notation ne parviennent plus à suivre. Pendant ce temps, la classe politique, elle, a d’autres priorités : arracher des élections locales, seul horizon stratégique capable de mobiliser autant d’énergie que la crise elle-même. Les mandats et les strapontins, voilà l’authentique politique économique nationale.
Reste le Sénégalais, ce grand oublié des communiqués, réduit à observer sa monnaie perdre en crédibilité ce que ses dirigeants gagnent en éloquence. Face à la flambée du prix de la viande, une partie de la population s’oriente désormais vers un végétarisme de nécessité plus que de conviction. On y verra, non sans une pointe d’humour noir, l’unique politique de santé publique réussie de ce mandat : contrainte, involontaire, mais diététiquement irréprochable.
Ainsi va le Sénégal de 2026 : une note qui dégringole, une dette qui se dérobe, et des dirigeants qui, eux, ne perdent jamais l’appétit — pour le pouvoir, s’entend.












