Depuis quelque temps, une nouvelle dynamique semble se dessiner dans la communication du parti Kiiraay. Longtemps dominée par le style offensif et particulièrement réactif de Pastef, la communication politique sénégalaise voit apparaître un dispositif qui entend désormais répondre coup pour coup, avec ses propres codes, ses propres relais et surtout un narratif alternatif.
Le parti dirigé par le président de la République semble avoir compris une chose essentielle : en politique, laisser un espace médiatique vacant revient souvent à laisser l’adversaire l’occuper. Là où l’APR avait longtemps donné l’impression de subir les offensives de Pastef sans réponse suffisamment structurée, Kiiraay paraît avoir fait le choix inverse: réagir rapidement, occuper le terrain et déconstruire les récits adverses avant qu’ils ne s’installent dans l’opinion.
Cette nouvelle stratégie repose notamment sur cinq personnalités dont les positionnements géographiques et les portefeuilles leur donnent une exposition particulière. Leur force réside aussi dans la complémentarité de leurs profils, de leurs territoires d’ancrage et de leurs départements. Chacun intervient sur un terrain différent, avec son propre style, mais tous semblent participer à une même logique : ne plus laisser à Pastef le monopole de la parole, de la riposte et de la définition de l’agenda politique.
Ce qui semble changer fondamentalement, c’est la méthode parce que depuis plus d’une décennie, Pastef a imposé son rythme dans la communication politique sénégalaise. Ses responsables ont longtemps excellé dans l’occupation de l’espace médiatique, la réaction immédiate et la capacité à imposer leurs propres thèmes au débat public.
Il existe un autre avantage, peut-être encore plus important. Plusieurs de ces responsables ont, à un moment ou à un autre, côtoyé l’univers politique qui a porté Pastef au pouvoir. Ils connaissent donc de l’intérieur certains mécanismes, certains discours et certaines méthodes de mobilisation qui ont contribué au succès politique d’Ousmane Sonko.
Cette expérience leur donne une crédibilité particulière lorsqu’ils contestent aujourd’hui certains éléments du narratif porté par l’ancien Premier ministre.
Leur parole n’est pas uniquement celle de responsables politiques qui découvrent leur adversaire après son accession au pouvoir. Elle peut s’appuyer sur une connaissance personnelle des hommes, des discours et des mécanismes qui ont façonné cette nouvelle séquence politique.
C’est probablement là que réside l’une des armes les plus intéressantes de la stratégie mise en place par le superviseur général adjoint chargé de la communication Dr Abdourahmane DIOUF: déconstruire de l’intérieur ce qui a été construit de l’intérieur.
La prochaine étape pourrait être encore plus intéressante avec les futures interventions des alliés. Les positionnements attendus de Cheikh Tidiane Dièye, Déthié Fall Moustapha Guirassy et Boubacar Camara pourraient donner une nouvelle dimension à cette machine communicationnelle.
Ces personnalités disposent chacune d’une trajectoire politique, d’une expérience gouvernementale ou institutionnelle et d’une capacité à porter un discours qui ne serait pas nécessairement celui des cinq majeurs.
Leur arrivée dans cette bataille narrative permettrait à Kiiraay de ne pas apparaître comme une simple structure chargée de défendre mécaniquement le gouvernement. Elle pourrait progressivement devenir un espace de confrontation intellectuelle et politique avec Pastef.
Et c’est précisément ici que se situe le véritable enjeu. Pas le Gatsa Gatsa dans le modèle de 2021-2024, mais un Gatsa Gatsa d’idées. Il ne s’agit plus seulement de manifestations, de confrontation de rue, de slogans ou de mobilisation émotionnelle. Le pouvoir est désormais confronté à un autre défi: reconstruire le narratif politique et déconstruire celui qui a permis à Pastef de conquérir le pouvoir.
La véritable bataille ne sera finalement pas de savoir qui parlera le plus fort, mais qui réussira à convaincre le plus grand nombre.
Et si Kiiraay parvient à coordonner durablement ses cinq premiers relais, à intégrer les prochaines voix attendues et à maintenir une communication aussi réactive que structurée, le parti pourrait devenir une véritable machine de guerre communicationnelle.
Une machine qui ne chercherait plus simplement à répondre à Pastef, mais à reprendre progressivement le contrôle du récit politique national.
Moussa Athie













