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Mamadou Lamine Diallo, Un parangon de la vertu ? (Par Abdou Latif Coulibaly)

by Senegal7 Post
28 mai 2022
in Actualités, Politique
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Nommé ministre porte-parole de la Présidence: Abdoulatif Latif Coulibaly, recadré par ses confrères

L’éternel patron du parti Tekki s’en prend à moi, en raillant mon engagement au service de la bonne gouvernance et en tentant de m’imputer des actes que j’aurais posés pour me mettre volontairement au service, avec la réhabilitation du Building Administratif Mamadou Dia, d’une vaste opération de dilapidation d’argent public. 
Je prends juste la parole pour relever des contrevérités dites dans son texte, mais aussi pour questionner, comme il le fait contre moi, les atours de parangon de la vertu dont il veut se parer sans convaincre. Même pas, lui-même. Je me le permets, car la personne en cause est un intellectuel accompli que j’ai toujours considéré comme un homme sérieux et rigoureux. Pour moi, quand on a ces qualités, même pris dans les dédales et arcanes de la politique, on doit pouvoir bénéficier de la présomption d’être à mesure de garder un peu de distance avec l’objet de sa réflexion, pour éviter ainsi de tomber dans la caractérisation, la formulation de jugements sans fondement et hâtivement portées sur des personnes. 

J’ai peur de m’être trompé avec vous, Mamadou Lamine Diallo. Tant vous vous montrez un peu trop émotif dans les conclusions qui ponctuent vos analyses. Je soupçonne une fragilité d’esprit qui dépare d’avec ce que vous laissez voir et entendre. Mamadou Lamine Diallo, vous pouvez être certain que je porte et porterai toujours en bandoulière une fierté non dicible pour avoir engagé frontalement avec d’autres personnes dans le pays un combat pour signer ma part dans la lutte consacrée à la promotion de la bonne gouvernance dans toutes les sphères de la vie nationale et en particulier dans l’Etat. Sans oublier les entités privées. 
J’assume le combat que j’ai mené ainsi, comme journaliste et que je continue de mener dans ma position actuelle de ministre, avec les moyens qui me sont offerts à cet effet par les lois et les règlements de ce pays. Rassurez-vous, Mamadou Lamine, je perçois bien le doute qui rythme votre discours et la raillerie qui le structure quand vous parlez de mon engagement pour la bonne gouvernance dans le passé. 
C’est vous qui précisez. Vous insinuez que j’ai accepté de participer à une vaste opération de dilapidation de fonds publics avec la réhabilitation du building administratif. Vous estimez ces fonds à cinquante milliards de nos francs. Je relève à ce sujet deux contrevérités. La réhabilitation du Building a coûté 41 milliards. Vous jouez apparemment à tenter de tromper certains citoyens sur moi. Ensuite, je n’ai jamais signé la convention liant l’Etat à l’entrepreneur qui a réhabilité le Building. Je n’en avais pas la compétence en 2014.

J’aurai été fier de le faire au nom de mon pays et de participer de façon encore plus forte à la réalisation de cette superbe œuvre qui restera pour toujours une belle pièce de notre patrimoine architectural et culturel. J’avais cependant assumé avec fierté, en ma qualité de Secrétaire général du Gouvernement, la mise en œuvre concrète du projet. Comme je me sens, aujourd’hui, fier, en l’absence d’un premier ministre, d’avoir signé la convention de remise en état du building, après l’incendie qui l’a violemment touché le 26 août 2021. 
S’agissant justement de cette réhabilitation, vous parlez dans votre tribune d’un vendeur de carreaux pour désigner l’entrepreneur qui a été choisi à cet effet. Avec un mépris sidérant, vous parlez d’un homme d’affaires respectable qui emploie aujourd’hui des centaines de Sénégalais et participe effectivement avec ses entreprises à la construction des richesses de ce pays. Pas moins que vous sûrement ! Mamadou Lamine Diallo, qu’est-ce que vous avez contre les vendeurs de carreaux au Sénégal ? 
Ceux-là qui, avec d’autres, ont réussi à arracher des mains des comptoirs coloniaux qui ont subsisté après l’indépendance du pays, un secteur essentiel de l’économie nationale, le commerce en gros. Je pense ici, par exemple, à la maison Peyrissac, à Devès et Chemins et à d’autres enseignes qui ont disparu, pour laisser la place à Bamba Ndiaye et à d’autres hommes d’affaires de souche nationale qui, comme lui, au prix d’efforts inouïs et d’ingéniosité sans égale, nous donnent autant de fierté. Le secteur privé national mérite respect et considération. Nous avons des champions nationaux qu’il faut renforcer. Cette réhabilitation serait confiée à une enseigne étrangère, occidentale ou orientale, vous seriez certainement en phase avec ceux-là qui soutiennent indifféremment la préférence nationale dans l’octroi des marchés publics, même s’il faut passer outre les dispositions du code des marchés publics et les engagements internationaux souscrits par notre pays. 

e parle, ici, à l’économiste que vous êtes. Mamadou Lamine Diallo, vous permettrez, que je revienne sur cette notion de bonne gouvernance, en signalant que celle-ci postule, ni plus ni moins, la vertu et la probité dans le comportement pour chaque personne, mais aussi dans la conduite des actions entreprises en rapport avec les responsabilités qui lui sont confiées ou bien qu’elle revendique. Cette bonne gouvernance exige une reddition des comptes, mais met aussi à la charge de tout dirigeant une obligation d’évaluation ante et post des actes posés. 
M. Diallo, depuis une vingtaine d’années, vous êtes à la tête d’une formation politique, la dirigez pour le compte de vos camarades et prenez part à ce titre à l’animation de la vie politique nationale. Est-ce qu’il vous arrive de vous demander si vous avez pu faire réaliser des progrès politiques notables à cette formation politique ? Je n’aurai pas la prétention de répondre à ces interrogations. 
Un constat s’impose cependant : la vérité, vous n’avez jamais gagné une seule élection. Vous avez réussi à quelques très rares occasions à faire élire un ou deux parlementaires à l’assemblée nationale. Vous n’avez pas réussi à faire réaliser des progrès à votre parti. Vous n’en avez cependant cure et à l’image des grands timoniers des régimes communistes passés de mode, vous vous maintenez solide à la tête de Tekki qui est pour vous un fonds de commerce politicien. Vous l’avez quasiment privatisé pour exister sur la scène politique. Est-ce qu’il vous est une seule fois arrivé à l’esprit de penser que quelqu’un d’autre que vous dans le parti pourrait mieux faire ? La réponse est évidemment non.  
Sinon, vous ne seriez pas resté premier responsable de votre parti dans une séquence de temps aussi longue. J’ai entendu l’académicien et romancier haïtien, Dénis Laferrière, dire dans une interview la chose suivante : « quand je vois un dirigeant, quel qu’il soit, se penser indispensable et plus intelligent que tous ceux qui l’entourent (…), j’en suis triste ». Ne vous sentez pas nécessairement visé, même si… L’écrivain met ainsi en évidence un état d’esprit en net porte-à-faux avec l’essence même d’une gouvernance vertueuse et de sa pratique, car on se retrouve aux antipodes de l’idée de bonne gouvernance. 
Mon cher Mamadou Lamine, pourquoi penser que la bonne gouvernance ne devrait concerner que la sphère publique en excluant celle où se meuvent les acteurs de la société privée ? Je note que dans votre tribune, vous vous présentez à vos lecteurs parés des atours du parangon de la vertu, du chevalier servant de la bonne gouvernance. Enfin, en tous les cas, je garde encore en mémoire toutes les péripéties de votre longue présence dans des positions centrales de l’Etat avec des responsabilités non négligeables. 
Je suivais, comme journaliste, et avec assiduité la gestion de l’attribution des licences minières au Sénégal. Je fais partie des rares journalistes de ce pays à avoir consacré des enquêtes fouillées au secteur. Je connais un bout de l’histoire récente du secteur minier sénégalais. Je pourrai en dire autant de celle de la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA) au moment où vous « serviez » l’organisation continentale. On parlait beaucoup, dans l’un comme dans l’autre cas, de gouvernance compliquée pour vous. Montrons-nous alors plus circonspects, quand vous jugez les autres en matière de bonne gouvernance.

Par Abdou Latif Coulibaly

Tags: Abdou Latif Coulibaly
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