Il y a des ruptures qui se vivent en silence, et d’autres qui se donnent en spectacle. Celle entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko appartient à la seconde catégorie : chaque semaine apporte son lot de démissions théâtrales, de lettres solennelles et de « je ne quitte pas la politique, je quitte simplement le parti » — formule devenue, à force de répétition, un genre littéraire à part entière.
Depuis quelques semaines, le mouvement s’accélère. Des cadres de Pastef, des coordinateurs locaux, des maires jusque-là attachés à d’autres obédiences convergent vers la nouvelle formation présidentielle, dont l’assemblée constitutive se tient ce 25 juillet. Plus de 200 cadres ont ainsi fondé le Mouvement des Cadres Patriotes pour la République, quand le maire de Diass, lui, invoquait pudiquement « l’intérêt supérieur de la Nation » pour justifier son ralliement. On notera, non sans malice, que l’intérêt supérieur de la Nation coïncide chaque fois avec la proximité du pouvoir — coïncidence que l’histoire politique sénégalaise n’a jamais vraiment démentie.
Mais au-delà du folklore des transhumances, une question de fond se pose : que devient, une fois le couple fondateur séparé, le formidable capital électoral construit ensemble ? Car il faut le rappeler avec la froideur des chiffres : les 54,28 % obtenus par Diomaye Faye dès le premier tour de la présidentielle de 2024, tout comme les 1 991 770 voix et les 130 sièges raflés par Pastef aux législatives de novembre 2024, n’étaient pas la propriété d’un seul homme. Ils étaient la somme de deux légitimités enchevêtrées : celle, incarnée, de Sonko l’agitateur historique, et celle, institutionnelle, de Diomaye devenu chef de l’État. Un attelage à deux têtes, dont on découvre aujourd’hui qu’il n’avait qu’un seul cocher désigné par les urnes.
Séparé de son alter ego, cet électorat se trouve à la croisée des chemins : fidélité à la fonction présidentielle pour les uns, fidélité à la geste militante pour les autres — un peu comme un couple qui divorce et laisse ses amis communs choisir leur camp au moment des invitations.
Diomaye, en stratège patient, ne mise pas seulement sur cette digestion progressive de la base Pastef. Il lorgne ouvertement du côté des vieux appareils : PDS et APR, forces historiques érodées mais dotées de maillages territoriaux précieux. En s’appuyant sur ses alliés de la première heure — ces maires et cadres venus dès l’origine de la coalition Diomaye Président — le président construit moins un parti qu’une architecture de récupération, où chaque ralliement pèse comme une pierre ajoutée à l’édifice.
Reste une inconnue : la fidélité, en politique, se loge rarement là où on l’attend.
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