Il y a des stratégies qu’on ne change pas, dit-on, surtout quand elles ont mené un ancien maire de Ziguinchor jusqu’aux portes du pouvoir sans jamais y entrer lui-même. Ousmane Sonko a fait de la dualité un art de gouvernement — ou plutôt un art d’opposition perpétuelle, y compris depuis le perchoir de l’Assemblée nationale. La recette a fonctionné une fois contre Macky Sall, homme qui aura mis douze ans à comprendre ce qui lui arrivait. Elle pourrait s’avérer moins efficace contre Bassirou Diomaye Faye, qui se présente volontiers comme le co-auteur du scénario plutôt que comme sa victime.
C’est dans cette asymétrie tranquille que réside toute l’ironie du moment politique sénégalais. Le président de l’Assemblée a convoqué ses collègues pour faire la lumière sur les fonds secrets de la présidence — noble ambition, transparence oblige, personne ne dira le contraire en public. Mais la précision du dispositif intrigue davantage que son intention affichée. Pourquoi ne pas se contenter d’exiger du seul chef de l’État une déclaration de patrimoine en fin de mandat, comme le voudrait une certaine sagesse institutionnelle ? Pourquoi élargir l’obligation à quiconque bénéficie d’un décret de nomination, ainsi qu’aux présidents d’institution ? La générosité du filet législatif a de quoi surprendre chez un stratège réputé économe de ses coups.
Il y a plus subtil encore. En modifiant, puis en faisant promulguer, les articles L29 et L30 du code électoral, Sonko a refermé un chantier qui pourrait bien se retourner contre lui avec une élégance presque cruelle : rien ne garantit désormais qu’il sera lui-même candidat à la prochaine présidentielle. L’arsenal juridique dont dispose un chef de l’État informé — pour ne pas dire prévenu — est aussi vicié que légitime, et l’histoire politique regorge de stratèges qui ont creusé, avec un enthousiasme touchant, la tranchée où ils finiraient par tomber.
L’épisode illustre une loi non écrite de la politique sénégalaise : une arme ne vaut que par la surprise qu’elle produit. Or Diomaye, contrairement à son prédécesseur, ne découvre rien ; il révise. Convoquer l’hémicycle pour porter un coup « fatal, vaille que vaille » relève moins du calcul froid que de l’automatisme d’un réflexe devenu doctrine. Sonko joue la partie qu’il connaît, sur un plateau que l’adversaire a contribué à dessiner — et déjà, en partie, à refermer. Reste à savoir si l’arroseur, cette fois, ne finira pas par recevoir sa propre eau — avec, en prime, le costume mouillé d’une candidature compromise.














