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Jean claude Marut: « La rébellion en Casamance est plus affaiblie que jamais »

by Mbissane Tine
1 mai 2019
in Actualités
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Dans le sud du Sénégal, les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) menacent de reprendre les armes. Sept ans après le début des négociations initiées par le président Macky Sall, et alors que le processus de paix est toujours en cours, la rébellion a considérablement perdu de sa force, selon Jean-Claude Marut, spécialiste du conflit.

Il a convoqué lui-même un point presse auquel il ne s’est pas présenté. Le 27 avril, Salif Sadio a fait sortir ses lieutenants du maquis de la verte Casamance pour s’exprimer sur les négociations de paix que le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) mène avec l’Etat sénégalais depuis 2012,  et qui « piétinent », selon lui. Le leader du front Nord du mouvement indépendantiste est même allé plus loin. Par la voix de ses fidèles réunis dans le village de Koundjoughor, il a menacé de reprendre les armes pour « faire avancer » un État du Sénégal qui ne « montre aucune volonté de respecter ses engagements ».

Pour l’ancien géographe Jean-Claude Marut, spécialiste du conflit casamançais, la rébellion a perdu de sa force mais est tout de même suffisamment armée pour mener des « opérations symboliques ».

Jeune Afrique : En janvier 2018, Salif Sadio menacait déjà de reprendre les armes, après les opérations militaires lancées par l’armée suite au massacre de 14 hommes partis chercher du bois dans la forêt de Bayotte, près de Ziguinchor. Le MFDC pourrait-il, cette fois-ci, mettre sa menace à exécution ?

Jean-Claude Marut : Le rapport de force entre l’État et le MFDC a évolué de telle manière que toute action militaire de la rébellion ne peut pas aller très loin. D’autant plus que le front de Salif Sadio, isolé du reste du groupe rebelle, a perdu, avec la chute de l’ancien dictateur Yahya Jammeh, les possibilités de repli et de ravitaillement que lui offrait la Gambie voisine. Mais les rebelles sont tout de même assez armés pour pouvoir mener des opérations symboliques.

Le jeu en vaudrait-il la chandelle, si le rapport de force leur est défavorable ?

Il existe une concurrence entre le groupe de Salif Sadio et le reste du MFDC, une lutte de positionnement au sein du mouvement qui explique ces menaces. Salif Sadio a besoin de montrer qu’il existe encore, de prouver ses capacités militaires. Il a sans doute voulu aussi dénoncer le fait que le processus de paix n’avance guère depuis plusieurs années.

Des négociations officielles sous l’égide de la communauté catholique de Sant’Egidio ont été initiées par Macky Sall en 2012, à son arrivée au pouvoir. Où en sont-elles aujourd’hui ?

Les dernières discussions officielles se sont tenues à Rome, en 2017. À ma connaissance, ce sont les seules discussions officielles auxquelles participe l’État.

L’État a-t-il vraiment intérêt à négocier avec les indépendantistes ?

Au contraire, au vu de l’évolution du rapport de force, il a tout intérêt à chercher à affaiblir la rébellion par tous les moyens. Accepter aujourd’hui de négocier avec une rébellion aussi affaiblie reviendrait à la relancer, à lui redonner une importance qu’elle n’a plus. L’État est en train de gagner la partie. Des soubresauts sont encore possibles, mais la rébellion est plus affaiblie que jamais.

Le gouvernement semble également mettre beaucoup de moyens au service du désenclavement de la région : grands projets d’infrastructures, programmes de développement… On peut également citer l’inauguration du pont de Farafenni en janvier dernier, et la promesse de 300 milliards de francs CFA d’ici à 2022 pour la région. Est-ce un moyen efficace de mettre un terme au conflit ?

L’État dit que la paix et le développement vont de pair. Des efforts ont été faits dès le début des années 2000, surtout en termes d’infrastructures. Mais sur le plan économique, cela reste difficile, faute d’investisseurs. En revanche, les programmes de réinsertion et de développement attirent à la fois les populations réfugiées en Gambie ou en Guinée-Bissau et certains anciens combattants, qui peuvent être séduits par le retour à la vie civile. Mais en cas de besoin, ces anciens combattants sont tout à fait à même de reprendre les armes.

Est-ce la seule menace qui pèse sur la stabilité de la région ?

L’exploitation et la lutte pour les ressources naturelles peuvent également dégénérer en conflits. Dans le village de Niafrang, dans la région de Ziguinchor, le projet national d’exploitation de zircon, un minerai lourd présent dans le sable, se heurte à la résistance de certains rebelles, soutenus par la population. Si le gouvernement essaie de passer en force et de lancer l’exploitation, il y a un risque réel d’affrontements.

Tags: MFDC
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