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TRIBUNE : Et si le Franc Cfa n’était pas le problème ? Par Dr Omar THIAM

by Senegal7
20 mars 2019
in Actualités, Economie
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TRIBUNE : Et si le Franc Cfa n’était pas le problème ? Par Dr Omar THIAM

Depuis un certain moment on assiste à un débat passionné, sans fin sur le franc CFA, accusé d’être la source du sous-développement des Etats africains. Les contempteurs de cette monnaie dite « coloniale » utilisent des arguments spécieux pour manipuler l’opinion publique africaine. Comme pour manquer une fois encore au rendez-vous de l’histoire, les cadres africains occultent les problèmes essentiels de notre continent pour s’acharner contre le Franc CFA. Amalgame et activisme structurent leurs démarches. Le débat est devenu idéologique, émotionnel et très peu rationnel. A entendre les pourfendeurs, il aurait suffi que le Franc CFA ne soit plus fabriqué en France, que le compte d’opérations, objet de tous les fantasmes n’y soit plus domicilié, que les responsables et les fonctionnaires des Instituts d’émission monétaire concernés soient mal payés pour que les 14 pays de la zone Franc deviennent des « lions marquant leur territoire ». Se taire face à ce discours lénifiant reviendrait à être complice d’une publicité mensongère, à trahir la mission de notre génération et à accepter de se définir par le ressentiment. La problématique de l’émergence des Etats africains et leur insertion dans l’économie internationale doit être abordée dans une démarche holistique prenant en compte à la fois des données culturelles, donc immatérielles, démographiques, géographiques, politiques, sociologiques, historiques, économiques. Il n’y a pas d’avenir pour les pays africains dans une attitude essentialiste et souverainiste. Mais disons-le tout de go, nous sommes pour la création d’une monnaie africaine commune. Elle est souhaitée et attendue. Tous les esprits avisés sont conscients du rôle que pourrait jouer cette monnaie dans le développement des Etats africains. Mais nul n’a le droit de dénier au Franc CFA le sien dans la situation plus ou moins reluisante des pays de l’UEMOA. Il garantit la stabilité économique et des prix, il a un taux de change incitatif et est un facteur stimulant pour les échanges et l’intégration régionale.
L’aspect le plus positif du maintien d’un taux de change fixe pour les pays africains se situe au niveau de la stabilité des prix. Les pays de la zone franc ne subissent aucun risque de change ni de pénurie de liquidité en vertu de la convertibilité du FCFA à l'euro. Une caractéristique remarquable de la Zone Franc est la longévité du régime de taux de change fixe. Le système actuel est en place depuis environ 68 ans. Depuis 1948, le niveau de la parité fixe a été changé une seule fois, en janvier 1994 lorsque le FCFA a été dévalué de 50% par rapport au franc français de l’époque. La politique monétaire extrêmement stricte et disciplinée de la Zone Franc par rapport aux autres pays africains a empêché les hausses importantes de prix. En effet, la Zone dispose des taux d’inflation les plus bas et stables du Continent. Entre 2008 et 2018, la moyenne d’inflation des pays de la Zone Franc était au minimum de deux points inférieurs à celle du reste de l’Afrique Sub-saharienne. Et pourtant, les principaux détracteurs de notre monnaie commune, comme l’économiste togolais Kako NUBUKPO, considèrent que le FCFA serait la principale cause de notre déficit commercial. Selon eux le Franc CFA empêcherait les pays membres de la Zone à accroître leurs exportations et réduire leurs importations. Cette analyse manque de transversalité et est loin d’être factuelle. En effet, toutes les études et analyses économiques sérieuses ont déjà démontré que les principaux blocages au commerce extérieur des pays détenteurs du FCFA se trouvent dans : une forte concentration des exportations dans des produits agricoles et de rente, généralement non transformés et une faible ou inexistante industrialisation. Ce déficit de politique industrielle explique notamment le poids excessif et incompressible de leurs importations. Il est temps d’accélérer l’industrialisation du continent, étape indispensable de tout processus de développement, tout en continuant à bénéficier des acquis du FCFA, une monnaie stable, reconnue et gage de confiance pour les principaux acteurs économiques. En sus de ce qui précède, le FCFA est aussi un facteur de développement des échanges commerciaux et des investissements étrangers (IDE). Grâce à l’arrimage du franc CFA à l’euro, le vaste marché européen devient plus ouvert aux produits de la Zone Franc, ce qui accroît ses débouchés commerciaux et rationalise le prix de ses importations. En effet, le risque de change étant éliminé dans leurs relations commerciales avec tout pays de la Zone Euro, les importateurs de la Zone Franc, peuvent, désormais, plus facilement évaluer le rapport qualité-prix de leurs importations en maximisant les profits. En même temps, les opérateurs africains ne sont plus soumis au risque de change lorsqu’ils commercent avec des pays acceptant des factures en Euro. Ceci est sans doute le cas des États de la Zone Euro, et aussi le cas des autres États membres de l’Union européenne n’ayant pas encore adopté l’Euro, des pays d’Europe centrale et orientale, candidats à l’adhésion à l’Union, des pays méditerranéens liés à l’Europe unie par des accords dits « euro-méditerranéens ». Ce point est un avantage considérable pour nos économies, surtout dans un environnement économique mondial fortement concurrentiel.

Pour les entreprises de la Zone Franc, l’arrivée de la monnaie unique et sa substitution au franc français comme monnaie-pivot des devises africaines sont autant de conditions favorables qui allègent les charges commerciales et les coûts des transactions. Nous avions remarqué qu’avec l’introduction de l’Euro comme monnaie-pivot le solde de la balance commerciale dans la Zone Franc n’a cessé de s’améliorer, quittant une situation de fort déficit entre 2000 et 2003 à une situation plus stable et proche de l’équilibre (avec en plus un solde excédentaire de 1,8% atteint en 2005) malgré un décrochage en 2009 du fait de la crise. En 2017, le taux de couverture des importations par les exportations des pays de l’UEMOA était de 80,2%, même insuffisante, il reste très élevé par rapport à la majorité des pays hors Zone. C’est une évolution favorable de la balance commerciale. Par exemple, entre 2007 et 2017, le solde du commerce extérieur de l’UEMOA en pourcentage du PIB est passé de -10,8% à – 6,4% ; soit une amélioration de 4,4 points. Ainsi, grâce à la stabilité du taux de change on observe une régularité des importations et des exportations de biens et services. Sur le plan financier, l’introduction de l’euro a permis un accès élargi et facilité au marché européen des capitaux pour les pays de la Zone Franc. Nous rappelons que Yves-Thibault de SILGUY (1999) évoquait que, « le marché financier de l’Euro offre aux pays de la Zone CFA et à leurs entreprises des opportunités attractives de financement. Le marché de l’Euro est profond, vaste et liquide. Les possibilités d’accès et de sortie sur ce marché sont plus nombreuses et plus faciles (…) Les investisseurs de la Zone Franc trouveront sur ce marché des produits financièrement adaptés à leurs besoins ». Cet environnement international ajouté aux efforts internes entrepris par les pays de la Zone Franc à travers la libéralisation de la circulation des capitaux et la promulgation de codes d’investissement incitateurs, est de nature à faire de la Zone Franc, une destination privilégiée des IDE relativement aux autres pays de l’Afrique subsaharienne. En effet, les pays de la Zone Franc attirent plus de capitaux que la majorité des pays du sud de l’Afrique ; ceci grâce à un taux de change fixe garantissant la crédibilité du marché financier dans la zone. Par conséquent, cet environnement devient favorable à un mouvement d’entrée et de sortie des capitaux. Par exemple, en 2001, une année après l’introduction de l’euro comme monnaie-pivot, les IDE en pourcentage du PIB dans la Zone Franc étaient quasiment de quatre points supérieurs à ceux des autres Etats de l’Afrique Sub-saharienne. Sur la période globale 2000 à 2018, les IDE sont plus significatifs dans les pays de la Zone Franc que dans la majorité des pays d’Afrique Sub-saharienne. Enfin, le FCFA est un stimulant à l’intégration régionale. Une monnaie commune réduit l'incertitude sur l'environnement des affaires et le climat des investissements. De plus, la surveillance régionale et le processus d'examen par les deux commissions régionales, qui publient leurs rapports, tendent potentiellement à accroître la transparence des politiques dans la région. L'union économique et monétaire s'est donc approfondie, créant ainsi des espaces économiques plus vastes et plus viables. En réalité, les pourfendeurs, ne doutant plus de l’efficacité du franc CFA, proposent un changement de « parrain » pour avoir le sentiment d’être enfin « affranchis ». On aurait pu s’attendre à mieux, à des propositions audacieuses, volontaristes et constructives qui rendraient fiers Kwame NKRUMAH, Cheikh Anta DIOP, et autres Frantz FANON et Marcus GARVEY, figures auxquelles nous nous identifions.

(Sources : « Statistiques du Commerce International 2017-OMC & Rapport sur le Commerce
Extérieur de l’UEMOA 2017)

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